Retour sur la saison 2007/2008

A quelques encablures de la in de cette saison 2007/2008, les Rangers étaient encore en mesure de réaliser la plus belle saison de leur histoire. Ils venaient de remporter la première d’une série de trois finales à disputer et, en championnat d’Ecosse, ils étaient maîtres de leur destin. L’incroyable quadruplé – championnat, deux coupes nationales et coupe d’Europe – était encore à la portée des joueurs de Walter Smith.

Mais le rêve blue a pris de sérieuses allures de cauchemar. Sur les quatre titres concernés, les deux que les Rangers convoitaient le plus se sont envolés. La Coupe UEFA a pris la direction de la Russie et plus précisément de la salle aux trophées du Zénith Saint-Pétersbourg. Quant au championnat d’Ecosse, il est tombé pour la troisième année consécutive dans l’escarcelle de l’ennemi juré, le Celtic.

D’aucuns diront du côté d’Ibrox qu’ils auraient signé dès le début de la saison pour disputer une finale de Coupe d’Europe. En revanche, la deuxième place en championnat est restée en travers de toutes les gorges bleues. Un mois avant la fin de la saison, les Rangers comptaient encore six points d’avance sur leur grand rival, avec deux matches de plus à jouer. On est donc en droit de se demander où le bât a blessé. Car il ne faut pas s’y tromper : ce n’est certainement pas la victoire en finale de la Coupe d’Ecosse, contre Queen of the South (deuxième division), qui va faire passer la pilule.

Certains au club ont jeté la pierre à la Ligue (Scottish Premier League), qui a refusé d’aménager convenablement la fin du calendrier des Rangers. Ces derniers se sont donc retrouvés dans l’obligation de disputer quatre matches en huit jours, au terme d’une saison où ils avaient déjà foulé 67 fois le gazon. Pourtant, Walter Smith refuse d’en faire un argument valable : « Les seuls responsables dans cette histoire, c’est nous« .

Le tournant

Comme tous les scénarios bien écrits, le championnat d’Ecosse 2007/08 a eu son tournant. Il survient le 16 avril à Celtic Park, à la 93e minute du Old Firm, nom que les Britanniques donnent au derby de Glasgow. Pour continuer de croire au titre, le Celtic doit absolument s’imposer. Après avoir manqué un penalty, les hommes de Gordon Strachan font le forcing pour tenter de débloquer un score figé à 1:1. Sur la dernière action de la partie, Jan Vennegoor of Hesselink reprend le ballon de la tête… et marque.

Les Rangers restent en tête du classement, mais le ver est dans le fruit. Onze jours tard, on prend les mêmes et on recommence. Mené au score, le Celtic revient et s’impose une nouvelle fois. Pas mal pour une équipe qui restait sur une seule victoire au cours de ses sept dernières sorties, en mars et en avril. Pour les Verts et Blancs, c’est le début d’une véritable chevauchée fantastique. Ils remportent leurs sept derniers matches de championnat. Dans le même temps, les Rangers laissent échapper des points cruciaux à Hibernian et à Motherwell (troisième).

A la veille de la dernière journée, le Celtic est leader grâce à une meilleure différence de buts. Les Bhoys savent qu’en cas de victoire à Dundee United, le titre ne peut plus leur échapper, sauf si les Rangers réussissent le score du siècle à Aberdeen. Loin s’en faudra puisque les hommes de Walter Smith vont connaître un nouveau revers sur les bords de la mer du Nord et que, dans le même temps, Vennegoor of Hesselink offrira les trois points (encore de la tête) aux siens.

Quatre semaines plus tôt, qui aurait parié sur un éventuel retour du Celtic ? Certainement pas les nombreux critiques de Strachan. L’ancien international écossais avait lui-même donné quelques signes de résignation en affirmant, au début du printemps, qu’il était « peut-être un peu tard pour revenir dans la course« . Au final, le petit rouquin rejoint le cercle très fermé des entraîneurs du Celtic ayant remporté trois championnats d’Ecosse consécutifs. Les deux autres ont pour nom Jock Stein et Willie Maley.

Alors que le rideau venait tout juste de tomber sur la saison 2007/08, le capitaine Stephen McManus n’a pu s’empêcher d’envoyer une pique bien ciblée : « Pour une équipe très moyenne emmenée par un entraîneur très moyen, on ne s’en sort pas trop mal« .

Autres performances au-dessus de la moyenne : les 25 réalisations de Scott McDonald (qui termine meilleur buteur de l’exercice 2007/08) et l’excellente saison réalisée sur son aile par Aiden McGeady. Pour donner la mesure du talent du jeune Irlandais, il suffit de rappeler qu’il a souvent éclipsé la star japonaise Shunsuke Nakamura cette saison.

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En hommage à O’Donnell et Burns

S’il y a une personne qui n’aurait jamais qualifié le Celtic d’équipe moyenne, c’est bien Tommy Burns. Après 35 ans de bons et loyaux services pour les Hoops, comme joueur et comme entraîneur, Burns s’est éteint à l’âge de 51 ans. Survenu quelques jours avant la dernière journée de championnat, son décès aura sans aucun doute donné un supplément de motivation aux joueurs du Celtic, bien déterminés à « gagner pour Tommy ».

Lors des funérailles, sa dépouille a été accompagnée par des milliers de personnes. Deux jours plus tard à Dundee, après le coup de sifflet final, plusieurs joueurs et dirigeants du Celtic ont revêtu un tee-shirt à l’effigie de Burns, avec ces quelques mots : « Nous ne t’oublierons jamais ». A l’issue de la victoire synonyme de titre de champion, Gary Caldwell déclarait : « Tommy a été un entraîneur et une personne formidables. C’était un véritable ami. Il aurait adoré être ici. Nous lui dédions ce titre ».

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L’autre grand drame de la saison en Écosse a bien sûr été le décès de Phil O’Donnell, qui a perdu connaissance avant de succomber sur la pelouse, lors d’un match contre Dundee United. Ironie de l’histoire, c’est Burns qui avait fait venir O’Donnell au Celtic. Ce dernier avait ensuite rejoint Motherwell, dont il était devenu le capitaine.

De ces moments d’une tristesse inouïe, on retiendra encore une fois le pouvoir unificateur du football, même dans une ville ô combien divisée en la matière. Ainsi, de nombreuses gorges se sont nouées à la vue de Walter Smith et de son adjoint Ally McCoist – en pleurs – en train de porter le cercueil de Burns. L’émotion ne fut pas moins forte lorsque les supporters du Celtic ont applaudi leurs homologues des Rangers, au moment où ces derniers déposaient leurs écharpes en hommage au défunt.

Dans ce contexte, il est bon que la saison ne se soit pas clôturée sur la finale de la Coupe d’Ecosse, mais sur la rencontre en hommage à O’Donnell organisée à Celtic Park. L’affiche n’était peut-être pas des plus alléchantes (Celtic années 1990 contre Motherwell années 1990), mais cela n’a pas empêché 60 000 fidèles de venir remplir l’enceinte de Parkhead. Touchante façon de montrer que le football n’est pas une question de vie ou de mort. Le football est moins important que ça, n’en déplaise à Bill Shankly, autre écossais célèbre dans le vaste monde du ballon rond.

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capt