J’ai vu Celtic vs Rangers… Je peux mourir tranquille ! (à lire absoluement)

Jeudi 1er mars, mon beau-frère m’appelle et me lance une phrase magique : « Got it ! Next weekend we are in Glasgow ! ». Rien de magique en cela me diras-tu, sauf que ce week-end n’est qu’une excuse pour aller assister au « Old Firm », LE match que tout fan de foot espère voir un jour : Celtic – Rangers, les Verts contre les Bleus, les Catholiques contre les Protestants.

J’ouvre une parenthèse Wikipédienne pour commencer… Celtic contre Rangers, c’est le Real – Barça du championnat écossais ! A la différence près que si Valence, La Corogne ou l’Atletico de Madrid jouent parfois les trouble-fêtes et gagnent le titre, ce dernier n’échappe plus aux deux équipes de Glasgow depuis 22 ans et le sacre d’Aberdeen ! Les deux éternels rivaux totalisent 91 titres à eux deux : 51 titres pour les Glasgow Rangers et 40 pour le Celtic Glasgow ! Ils sont également co-détenteurs d’un record d’Europe avec leurs 9 titres de champion d’affiliée ! L’Olympique Lyonnais – ou FC Lyon… – en est encore loin… Fin de la parenthèse et début du récit !

Nous voilà donc arrivés sur le tarmac de Glasgow pour une fin de semaine pub-bière-whisky-foot-rugby ! Je t’évite tous les détails de notre samedi que tu imagines… écossais ! Ah si, un détail peut-être : on comprend pourquoi la bière est élevée au rang de reine au pays des Highlands ! Il suffit de passer une journée dans les pubs et les rues de Glasgow pour comprendre pourquoi les mâles locaux aiment tellement boire quelques pintes avant de (devoir) rentrer chez eux afin de retrouver leur tendre et douce moitié … Même une visite dans la boîte de nuit la plus branchée de la ville n’y fera rien ! Mesdames, vous pouvez laisser vos maris partir en Ecosse en toute tranquillité, il n’y a aucun risque d’adultère ! Bref, quand on dit qu’« une Ecossaise est bonne », on parle évidemment d’une bière !

Autre petit détail assez intrigant, aucun maillot d’une des deux équipes n’est porté à la veille du match qui divise la ville. Apres une récolte d’informations (ou plutôt une discussion avec des inconnus en attendant les cinq pintes commandées au bar), nous comprenons qu’en dehors des chasses gardées que représentent les quartiers ou pubs exclusivement « Rangers » ou « Celtic », il est plutôt déconseillé de se balader en ville en arborant les couleurs d’un des clubs… Très rassurant… D’ailleurs et afin d’éviter les bagarres entre mâles belliqueux, la majorité des pubs du centre ville affiche à l’entrée un panneau interdisant tout maillot de club de foot !

Passons plutôt à dimanche, jour de match ! Première surprise, le coup d’envoi du match est prévu pour 12h30, une heure à laquelle l’alcool n’a pas encore fait de dégâts sur le cerveau des supporters… A nouveau très rassurant… Donc réveil difficile, suivi du moment magique où nous nous regroupons chez un ami pour recevoir les fameux billets ! A partir de ce moment-là et jusqu’à l’entrée dans le stade, tu ne respires plus et tu vérifies toutes les 3 minutes si ton billet est toujours au même endroit ! Mon « beauf » a d’ailleurs réussi à jeter le sien à la poubelle avec un tas de feuilles avant de partir… Je crois que c’est la première fois de l’histoire qu’un billet pour un « Old Firm » se retrouve à cet endroit ! Je ne te donne pas les raisons de cette maladresse, tu l’auras sans doute deviné… Toutefois, plus de peur que de mal, chacun a son billet en poche et monte dans la voiture heureux comme un gamin ! Départ pour le Celtic Park !

La petite demi-heure de route nous permet de visiter les banlieues de la ville. Deuxième argument en faveur des hommes écossais préférant passer leur temps au pub… Mais au moment où l’on voit les premiers maillots et écharpes verts et blancs, l’excitation revient ! (Et je vérifie une nième fois que mon billet est bien à sa place…). Notre arrivée au stade sera des plus banale, si l’on exclut les chants celtes et les cornemuses manipulées par des gaillards au physique de rugbyman en kilt !

Nous voilà enfin arrivés à la buvette du stade histoire d’attendre que les gradins se remplissent. Pas de bières en vente… A croire que ce breuvage est une sorte de potion magique chez les Scots. Impatients, nous allons vite rejoindre nos places dans les tribunes du stade et profiter du spectacle. Chair de poule ! Première surprise : le nombre très important de places allouées aux Blues des Rangers, facilement 10’000 sur les 60’000 du stade ! Ça promet ! Je m’assois à côté d’un autre « touriste » pour ce match. Et il me pose la question à laquelle j’aurais droit toute la journée : « Comment as-tu eu ton ticket ? ». En effet, ce précieux sésame se révèle être vraiment une denrée rare. Une simple statistique pour te le prouver : sur les 60’000 places du Celtic Park, il y a 60’000 abonnements !

Les gradins se remplissent rapidement et le speaker entame l’annonce de la feuille de match dans un vacarme ahurissant. S’en suit une rétrospective sur un ancien joueur du Celtic qui m’est bien évidemment inconnu et dont le talent devait plus ressembler à celui de Cabanas qu’à celui de Zidane… Qu’à cela ne tienne, le public lui réserve une standing ovation. Je ne connais pas ce joueur, mais je sens déjà les larmes montées à mes yeux rien qu’en voyant l’hommage qui lui est rendu ! Les tifos sont de sortie, plus originaux les uns que les autres. Un de ceux là présente sous le mot « Evolution » une série de singes dont le dernier – le plus évolué – est un homme aux couleurs vertes alors que le premier – encore à l’état de primate – arbore un maillot… bleu des Rangers ! On comprend mieux la neutralité du centre ville !

Les joueurs ne sont pas encore sur la pelouse que les chants débutent. Et là, la chair de poule est définitivement installée sur mes bras. « Hail, Hail, the Celts are here !!! ». Une fois les joueurs arrivés sur le pitch, le speaker met en marche la raison de mon déplacement : le fameux « You’ll never walk alone », héritage des ancêtres irlandais arrivés en nombre non seulement à Liverpool, mais aussi à Glasgow durant la grande famine de la moitié du 19ème siècle. Echarpes tendues au-dessus de la tête, les supporters entament les deux minutes les plus incroyables que j’ai vécu dans un stade ! Désolé mais même les 98’000 fans d’un Classico à Barcelone ne sont pas à la hauteur. Inoubliable, magique. Apres ça j’ai déjà hâte d’aller voir Lausanne – Servette ce dimanche…

Le coup de sifflet libère les joueurs mais les 60’000 supporters continuent de chanter. Je ne me souviens pas des 15 premières minutes du match, mes yeux étaient rivés sur les gradins ! Que le foot est beau dans ces moments-là ! Pour en revenir au match, rien de bien intéressant à dire, ça reste du foot écossais… Mi-temps, nous rejoignons la buvette pour un casse-croûte bien typique : tartelettes au porc et à la Guinness ! On est loin de nos bons vieux schubligs… mais c’est excellent malgré tout !

Retour au match. Le scénario catastrophe se produit, les Rangers marquent un but magnifique par Ehiogu. Les Celtics, on le sent tous dans les tribunes, n’arriveront pas à revenir ; le match contre Milan aura laissé des traces. Plus de chants, sauf du coté des 10’000 Blues présents, ceci suffirait toutefois à mettre le feu dans la majorité des stades… Score final 0-1. Nous n’aurons pas droit aux chants de victoire de nos amis celtes. La mauvaise humeur l’emporte. Preuve que même en étant sûr de gagner le championnat en fin de saison, une défaite face aux Rangers est une catastrophe ! La ville de Glasgow sera bleue cette semaine mais notre cœur, lui, restera à jamais vert ! « You’ll Never Walk Alone » !

Et ça dure depuis un siècle…

L’enjeu qui oppose le Celtic FC aux Glasgow Rangers va au-delà de la suprématie locale et nationale. Le « Old Firm  » de Glasgow dépasse largement le cadre du foot dans la société écossaise.

L’histoire du Glasgow Rangers FC commence en 1873. Une quinzaine de jeunes écossais jouent ça et là sur divers terrains des faubourgs de Glasgow. En 1876, ils s’installent définitivement dans le quartier de Govan, sur les bords de la rivière Clyde, où l’activité des chantiers navals bat son plein et attire de nombreux travailleurs. Ils se retrouvent le samedi à Ibrox Park, le stade érigé en 1887, pour encourager les Rangers. Le Celtic Football Club est quant à lui créé un peu plus tard. A la suite d’un match entre Queen’s Park de Glasgow et Hibernian d’Edimbourg en 1887, la majorité du public glaswegian soutient les Hibs, le club des immigrés irlandais d’Edimbourg. L’idée d’imiter l’exemple de la capitale fait son chemin, dans les associations paroissiales de la ville, menées notamment par Brother Walfrid. Le club est fondé en 1888, mais son nom fait débat. Les partisans d’un Glasgow Hibernian sont en minorité devant ceux qui souhaitent un nom unissant l’Ecosse et l’Irlande : Celtic. Le maillot initial est blanc avec une croix celtique comme écusson. Les Hoops (les bandes vertes qui cerclent le maillot) et le trèfle n’arriveront qu’en 1903.

Lors de leur première rencontre, le Celtic bat les Rangers 5-2. Sous la houlette de Willy Maley, premier président du club (il le restera jusque dans les années 1930), le Celtic voit s’estomper l’influence des prêtres fondateurs et se professionnalise rapidement. Il recrute des joueurs écossais de toute la province et de toutes confessions. Ses relations avec les Rangers sont des plus normales, Glasgow comptant à l’époque une bonne dizaine de clubs… dont Queen’s Park, grand défenseur de l’amateurisme et véritable rival du Celtic à l’époque. Les premiers incidents à l’occasion d’un Celtic-Rangers apparaissent en 1909 lors d’une rencontre à Hampden. Des spectateurs se heurtent aux forces de l’ordre, provoquant une centaine de blessés. Aussi grave que les chiffres le laissent supposer, l’événement n’est toutefois pas assimilé à un affrontement entre supporters rivaux.

Les succès du Celtic, ainsi que sa main-mise sur le football calédonien (Willy Maley est l’homme fort de la jeune Scottish Football Association), sont les seuls éléments de fierté dont peut s’honorer cette communauté déshéritée, ce qui suscite l’exaspération de l’establishment protestant de la ville, ainsi que celle des ouvriers de souche écossaise qui voient dans les Irlandais une concurrence déloyale. En réaction, ces derniers vont se regrouper autour du club en vogue, les Rangers, car l’étoile d’un Queen’s Park s’accrochant coûte que coûte à l’amateurisme (encore aujourd’hui) a commencé à faiblir. Par ailleurs, c’est aussi à cette époque que l’Irlande commence à affirmer sa volonté d’indépendance (la tentative de Home Rule en 1912-1914 qui unit protestants de Dublin et catholiques, la tentative de déclaration d’indépendance de la République d’Irlande lors des Pâques Sanglantes de 1916). Les supporteurs du Celtic soutiennent leur île natale par leurs chants, ce qui renforce l’opposition des Ecossais attachés à l’Empire, cousins des colons d’Ulster qui refusent l’émancipation de l’île. En conséquence, les tribunes d’Ibrox Park se remplissent de plus en plus de supporteurs… et d’animosité envers le Celtic.

Ce clivage, qui divise depuis longtemps dans la société écossaise, s’implante désormais dans le sport. Il est favorisé par la crise économique qui s’abat sur Glasgow dans les années trente au moment où l’Empire Britannique plonge dans un irréversible déclin. La violence qui oppose les supporteurs des deux camps est le reflet de la ville. Glasgow est une ville violente, une ville de gangs, dont certains leaders sèment la provocation parmi les supporteurs des deux camps. Par ailleurs, à chacun des clubs est associé un gang : celui de Tim Malloy dans les ghettos irlandais, qui donna le surnom de Tims aux supporteurs du Celtic, et celui de Billy Fullerton, le fondateur du Ku Klux Klan écossais, dans l’enclave orangiste de Bridgeton près de Parkhead, que les fans des Gers célèbrent toujours dans leur hymne, « Hello Hello (We are the Billy boys) ».

Dans les années 1950, la Scottish Football Association a menacé d’exclure le Celtic du championnat écossais s’il continuait de laisser flotter le drapeau irlandais à Celtic Park. Menace qui resta sans suite malgré le refus d’obtempérer de la part du club, qui reçut le soutien… des Rangers. Le Celtic a toujours eu une équipe mixte et parmi ses joueurs les plus fameux figurent de nombreux protestants : Peacock (un orangiste !), Kenny Dalglish, Ronnie Simpson, Danny McGrain (refusé par les scouts des Rangers à cause de son prénom qui « sonne » trop catholique !), Wallace… En 1965 pourtant, l’arrivée du manager Jock Stein, un protestant, ne s’est pas déroulée en douceur. Le président Bob Kelly doit sortir des trésors d’arguments pour convaincre le board du club, alors à la dérive. Deux ans plus tard, Stein apporte à Parkhead le premier titre de champion d’Europe d’un club britannique, ainsi que les trois coupes de l’époque (League Cup, Scottish Cup et Glasgow Cup) et la deuxième levée de neufs titres consécutifs. Après la fin de son ère victorieuse, Stein ne figurera pourtant pas au sein du board. D’aucuns disent que c’est en raison de sa religion, d’autres de son caractère difficile. La vérité se situe sans doute entre les deux.

Quelques vingt ans plus tard, le problème surgit du coté des Rangers. En janvier 1988, Graeme Souness, manager des Rangers, fait venir à Glasgow l’attaquant Mark Walters. C’est le premier joueur noir de l’histoire du club, ce qui déchaîne la colère des supporteurs, qui brûlent écharpes et tickets d’abonnement à Govan. Souness, qui n’est pas à une gaffe près, mettra de nouveau de l’huile sur le feu quelques mois plus tard, en juin 1989. Après deux années passées en France du coté de Nantes, l’attaquant international Mo Johnston, un Catholique, annonce qu’il revient au Celtic. Les fans s’enthousiasment, car ils se sont identifiés au bad bhoy lors de ses années hautes en couleur sous le maillot des Hoops, s’illustrant notamment en 1985 lors d’un match de championnat épique à Saint-Mirren qui permet au club de ravir miraculeusement un titre promis à Heart of Midlothian. A l’issue de la conférence de presse tenue par Maurice Johnston, Graham Souness se renseigne auprès de l’agent du joueur : le contrat n’est pas encore signé. Souness fait alors de la surenchère et parvient à arracher la signature d’un joueur qui cherche surtout à résoudre ses ennuis avec le fisc britannique. Si Johnston et Souness pensent que ces problèmes de religion ne sont qu’histoire ancienne, les supporters des deux camps vont rapidement leur faire comprendre qu’ils se trompent lourdement. Les fans du Celtic, se sentant trahis de la pire des manières, protestent violemment, tandis que de nouveaux abonnements et écharpes sont sacrifiés à Govan. Et lorsque le premier derby doit se tenir à Celtic Park, tout le monde pense que Souness ne fera pas jouer celui que les Tims ont surnommé Judas. Mais il est finalement aligné sur le terrain et doit subir des huées et insultes comme nul n’a jamais connu à Parkhead.

Depuis lors, l’arrêt Bosman a arrondi les angles. Les clubs écossais engagent des joueurs de tout horizon, parfois n’importe comment, et le « Old Firm » d’aujourd’hui oppose surtout des mercenaires du continent et d’ailleurs. Le programme « Bhoys against bigotry », lancé par le Celtic FC au début des années 1990, et imité par les Rangers dix ans plus tard, démontrent une volonté de part et d’autre d’appaiser les tensions. Les Rangers n’hésitent plus à recruter des joueurs catholiques, même si ceux-ci, à l’image de Basile Boli, Lorenzo Amoruso ou aujourd’hui Jean-Alain Boumsong, avouent se signer dans les vestiaires avant le match pour ne pas susciter les foudres de leurs supporteurs sur le terrain. Tout le contraire d’un Paul Gascoigne, catholique également, qui en trois saisons passées à Glasgow, trouve le temps d’enflammer les vieilles querelles locales. Quelques buts contre le Celtic, quelques cartons rouges aussi, et surtout cette invraisemblable provocation en 1997 où l’inconscient répond aux quolibets des supporteurs du Celtic en mimant un joueur de flûte, symbole des fanfares orangistes [1].

Aujourd’hui, le public du Celtic est aux deux-tiers catholique et celui des Rangers à 95% protestant. Le Celtic a attiré beaucoup de fans de l’autre confession par le succès de la fin des années 1960. Par ailleurs, les mariages mixtes finissent en général par supporter le club où l’un des conjoints a le moins de chance d’avoir des problèmes. Si la différence entre les clubs ne se fait plus sur des bases religieuses, la société écossaise et ses élites n’a malheureusement rien fait pour faciliter l’intégration de la communauté issue de l’immigration. Le système scolaire, par exemple, est séparé (écoles publiques à 99% protestantes d’un côté, écoles privés catholiques de l’autre), ce qui contribue à perpétuer le clivage. Aujourd’hui, si le supporteur moyen tend à devenir un client ordinaire d’un club ordinaire du foot-business, les fans les plus hardcores cherchent à se radicaliser. D’où l’émergence de maillots de l’équipe d’Angleterre à l’Ibrox, chose encore impensable il y a une dizaine d’années.

La rivalité entre « Gers » et « Bhoys » imprime à elle seule le rythme du championnat Ecossais. Sur les 104 titres distribués depuis 1893, 88 ont été raflés par les deux clubs de Glasgow : 39 pour le Celtic, 49 pour les Rangers [2]. A peu d’exceptions près (l’émergence éphémère de la New Firm, Aberdeen et Dundee United, dans les années 1980 par exemple), le match au sommet du championnat reste le « Old Firm game », surnom donné au derby de Glasgow. Ce terme, qui pourrait se traduire par « vieille combine », trouve son origine au début du vingtième siècle. L’un des deux clubs prêta un jour un gardien de but à l’autre pour pouvoir disputer un match de coupe contre Hibernian. Un journaliste outré par le procédé déclara que ces clubs formaient une « Old Firm ». Une complicité qui a rapidement fait long feu.

Même au plus fort de la domination de l’un des deux clubs, le « Old Firm » ne peut être un match comme les autres. En 1969, les Rangers s’imposent (4-2) chez leurs voisins culminant aux sommets de l’Europe. En 1993, après une défaite cuisante contre les Light Blues en coupe d’Ecosse, et alors que le club est encore une fois à la dérive, les Bhoys donnent le récital du Saint-Patrick’s day massacra, 3-0 avec trois expulsions de Gers, notamment Mark Hateley. Quelques soient les rapports de forces en présence, le derby est toujours disputé sur un rythme fou et avec un engagement total. Aucun joueur ne laisse passer quoi que ce soit, ce qui échauffe rapidement les esprits, même si les choses restent généralement très correctes sur le terrain, contrairement à certains autres « classiques » d’Europe, voire quelques Aberdeen-Rangers de sinistre mémoire. Les derbies de Glasgow atteignent rarement des sommets techniques, malgré des illuminations de Laudrup, Moravcik ou Larsson. Mais leur intensité est unique. C’est comme une question de vie ou de mort, dans une ambiance électrique. Jusqu’aux années 1980, les supporters du Celtic n’hésitaient pas à entonner « Die, die, die ya hun » lorsqu’un joueur des Rangers restait au sol après un contact. Le derby génère tant de passions que depuis 1999, la Scottish Football Association n’hésite pas à reporter un Celtic-Rangers si celui-ci s’avère décisif pour le titre. L’arbitrage controversé de l’arbitre M.Hugh Dallas et la pièce de monnaie qu’il reçut sur le crâne obligea la SFA à prendre cette décision.

Longtemps, un « Old Firm game » s’est disputé autour du premier de l’an. Celui du 2 janvier 1939 à Ibrox détient le record d’affluence pour un match de championnat en Grande-Bretagne : 118.567 spectateurs. Les Rangers l’emportent 2-1, buts de Dave Kinnear et Alex Venters. La rencontre du 2 janvier 1971 est le théâtre d’une tragédie. Alors que les deux équipes sont sur le point de se séparer sur un score nul et vierge, Jimmy Johnstone marque, à la dernière minute pour le Celtic. De nombreux supporters Gers quittent aussitôt le stade, mais une clameur leur indique que les Rangers ont égalisé. Ils remontent précipitamment l’escalier. Le reflux provoque une bousculade avec les sortants : 66 personnes y trouvent la mort. Un drame d’une autre nature eu lieu quarante ans plus tôt, en septembre 1931 avec la mort de John Thompson, gardien du Celtic. Il se brise le crâne en plongeant dans les pieds du nouvel attaquant des Rangers, Sam English. Plus de 30.000 personnes assistent à ses obsèques. Et on trouve encore des écharpes aux couleurs du club sur sa tombe dans le petit village de Bowhill.

D’autres événements plus heureux sont restés dans la mémoire collective. Au Celtic, la date du 19 octobre 1957 est gravée en lettres d’or : Ce jour-là, en finale de la Scottish League Cup à Hampden Park, les Verts et Blancs s’imposent 7-1, alors que le titre semblait promis à des Rangers largement favoris. Les plus jeunes fans évoquent quant à eux le Demolition Derby du 26 août 2000, ponctué sur un net 6-2, le plus gros score d’un Old Firm Game en championnat depuis 1938.

La présence de 8.500 supporteurs adverses rend aujourd’hui l’ambiance de chaque derby plus irréel. Si Celtic Park arrive à contenir les chants des Bears, Ibrox a du mal à en faire de même et prend parfois des faux airs de Parkhead. Cette ambiance particulière donne parfois lieu à des renversements inouïs. Lors d’un derby à l’Ibrox au début des années 1980, les locaux dominés mènent 2-0 sur leurs deux seules occasions. Les joueurs du Celtic rentrent dépités dans les vestiaires. Le manager de l’époque, le légendaire Lisbon Lion [3] Billy McNeill, ne sait plus que faire pour remotiver ses troupes, mais, lorsque vers la fin de la pause, il entend les dix-mille fans de la Celtic End entonner « You’ll never walk alone », King Billy harangue alors ses joueurs : « Ecoutez, eux, ils y croient toujours, ils n’ont pas renoncé. Alors, si ce n’est pour vous, gagnez au moins ce match pour eux ». Après une seconde période d’anthologie, le Celtic l’emporte 4-2.

La supériorité des deux monstres de Glasgow [4] est telle que le championnat écossais en devient trop prévisible. Fréquemment, un projet d’intégration des deux clubs au sein de la Premier League anglaise est évoqué. Alors que le Celtic, dont l’actionnaire principal, un Irlandais lié à ceux qui contrôlent Manchester United, se tient prêt à tenter l’aventure qui promet de meilleurs résultats financiers, les Rangers, lourdement endettés et habitués à la quasi-certitude de participer aux Coupes d’Europe, hésitent à franchir le pas. L’UEFA quant à elle se montre hostile à l’idée de voir des clubs changer de championnat et la SFA n’a aucun intérêt à voir partir ses deux joyaux, même si les autres clubs écossais, dont les finances précaires reposent sur les bénéfices de leurs rencontres disputées contre les Glasgow Giants, prétendent paradoxalement que leur poids les asphyxie. Mais que deviendrait le championnat d’Ecosse sans son Old Firm ?

Rangers et Celtic : L’histoire d’une rivalité peu commune

Les matchs, qui opposent les Rangers au Celtic Glasgow, sont plus que des matchd de football entre deux équipes rivales. Le « Old Firm » comme on l’appel au pays du Loch Ness est devenu un fait de société. Et celà dure depuis près de 100 ans.

Le Old Firm game

L’origine du surnom donné au derby entre les Rangers et le Celtic trouve son origine au début du 20ème siècle. L’un des deux clubs prêta un jour un gardien de but à l’autre pour pouvoir disputer un match de coupe face à Hibernian le club d’Edimbourg. Un journaliste local, outré par le procédé déclara que ces deux clubs formaient une « Old Firm » (vielle combine). Il n’en fallait pas plus pour que le nom reste, même si dans les faits, les deux clubs perdront rapidement cette complicité.

Premiere rencontre, le Celtic gagne

La première rencontre entre les deux équipes date de . A l’époque le Celtic bat les Rangers 5 buts à 2. Sous la houlette de Willy Maley premier président du club, le Celtic fait sa mue et se professionnalise. Alors que le Celtic recrute des joueurs écossais de toute les provinces et sans distinction de religion, les Rangers quand a eux n’ouvrent leurs rangs qu’aux joueurs et dirigeants de conviction protestante.

Le reflet de la société écossaise

Les premiers incidents au cours d’un derby entre le Celtic et les Rangers apparaissent en 1909 lors d’une rencontre à Hampden. La violence des faits n’est toutefois pas assimilé à un affrontement entre supporters rivaux à l’époque. L’âme irlandais du Celtic commence d’ailleurs, en plus de ses victoires, a exaspéré la communauté protestante de la ville. Ceux-ci vont alors se retouver derrière les Rangers. D’un côté le Celtic et ses supporters qui soutiennent leur île natale (l’Irlande) et de l’autre les supporters des Rangers attaché à l’Empire et qui refuse la demande d’indépendance des Irlandais. C’est pour cette raison qu’au fil des années, les tribunes de d’Ibrox Park le stade des Rangers deviennent hostiles au Celtic Glasgow et à ses joueurs.

Menace d’exclusion

Cette volonté des supporters du Celtic d’afficher leur préférence à l’Irlande va amener à la fédération écossaise a menacé d’exclure le Celtic du championnat s’il continuait de laisser flotter le drapeau irlandais à Celtic Park. Le Celtic a toujours eu une équipe mixte composée de Protestants et de Catholiques. Et parmi ses joueurs les plus en vue , nombreux étaient protestants (Kenny Dalglish, Ronnie Simpson et Danny Mc Grain).

Jock Stein offre l’Europe au Celtic

Dans les années 60, l’arrivée de Jock Stein comme manager ne se fait pas dans la facilité. Le président de l’époque Bob Kelly doit convaincre le comité directeur du club d’engager le manager-protestant. Mais le club alors en mauvaise passe a besoin d’un souffle nouveau. L’arrivée de Jock Stein redonne des couleurs à l’équipe qui décrochera deux années plus tard l’ancienne Champions League. Le Celtic restera à jamais le premier club britannique vainqueur d’une coupe d’Europe. Mais malgré la conquête de plusieurs titres de champion et quelques Cup, Jock Stein n’intégrera jamais le Comité directeur du club. Certains disent que c’est en raison de sa religion.

Premier joueur de couleur chez les Rangers

En janvier 88, Graeme Souness l’ancienne gloire de Liverpool devenue manager des Rangers recrute Mark Walters. C’est le premier joueur noir de l’histoire du club. Cette arrivée déchaîne la colère des supporters du club qui brulent écharpes et carte d’abonnements. Le manager renouvelera la provocation en engageant Mo Johnston, un Catholique, qui après un passage à Nantes souhaitait retourné au Celtic. Mais le manager écossais avait fait des propositions supérieures à celles de son rival. Johnston en proie avec des difficultés financières et poursuivi par le fisc écossais, ne pouvait laisser passer l’occasion de « se refaire ». Le joueur prendra le surnom de « Judas » de la part de ses anciens supporters. Lors du derby qui suit la signature du joueur chez les Rangers, Mo Johnston subira les foudres du public du Celtic aussi violemment que l’on en parle encore du côté de Parkhead.

L’arrêt Bosman change tout

Depuis le fameux arrêt de la Cour Europénne, le football a changé dans ses mentalités. Les joueurs sont devenus des mercenaires et l’on trouve par exemple des équipes anglaises (Chelsea et Arsenal par exemple) qui sont capables d’aligner des équipes au cours d’un match qui ne comportent aucun « nationaux ». A Glasgow on ne déroge pas à la règle, et de plus en plus les Rangers vont recruter des catholiques et des étrangers.

Gascoigne provoque les supporters des Celtics

Si la tension s’appaise entre les suppporters des deux équipes, et que la rivalité devient essentiellement sportive, un joueur, anglais de surcroît va faire remonter les vielles querelles locales à la surface. Paul Gascoigne l’enfant terrible de la Premier League qui jouera quelques années chez les Rangers, provoque à l’occasion d’un derby en 1997, les supporters d’en face en mimant un joueur de flûte, symbole des fanfares orangistes.

Les deux clubs trustent les titres

A eux seuls les deux clubs se partagent la majorité des titres de champion d’Ecosse. Sur les 104 titres disputés depuis 1893, 88 ont été raflés par les deux clubs de Glasgow. 39 pour le Celtic, 49 pour les Rangers. De temps en temps des clubs comme Aberdeen ou Dundee Utd rafle un titre mais c’est just éphémère.

Des matches de légendes

A l’image d’autres derbys dans les autres pays, le Old Firm n’est jamais un match comme les autres. Le derby entre les deux clubs de Glasgow a souvent donné lieu à des faits innatendus ou exceptionnels. En 1969, alors que le Celtic est l’un des meilleurs clubs d’Europe, les Rangers s’impose chez leur voisin 4 buts à 2. En 1993, alors que le Celtic vient de prendre une correction en Coupe, les joueurs au maillot vert et blanc atomise les Rangers 3-0. Quelques soit les circonstances, le derby est toujours disputé à un rythme soutenu et engagé. Et même dans les cas où il s’avère décisif pour l’attribution du titre, la fédération écossaise n’hésite pas a décaler le match.

Mais de ce derby il reste des dates importantes pour chacun des deux clubs. En 1957, en finale de la Scottish Cup à Hampden Park, le Celtic s’impose 7 buts à 1 face aux Rangers !!!!. En 2000, le derby qui fut appelé après le résultat « demolition Derby », se termina sur un score historique pour ce match en championnat de 6 buts à 2 pour le Celtic. Le plus gros score d’un Old Firm en championnat depuis 1938 !

Une ambiance de folie

L’ambiance dans les tribunes au cours de ces match, ferait pâlir les plus fervents habitués du Stade Vélodrome de Marseille. L’ambiance particulière qui en sort donne parfois lieu à des rebondissements exceptionnels. Au début des années 80, les Rangers mènent chez eux 2 buts à 0 à la mi-temps. Le manager du Celtic de l’époque Billy McNeill qui entend les supporters entonner le « You’ll never walk alone » célèbre dans les travées d’Anfield à Liverpool, interpelle ses joueurs : « Ecoutez les, eux ils y croient toujours, ils n’ont pas renoncé. Alors si ce n’est pour vous, gagnez au moins ce match pour eux ». En seconde période les joueurs du Celtic Glasgow se transcendent pour remporter la victoire 4 buts à 2.

Le Celtic et les Rangers en Premier League anglaise ?

La domination des deux clubs de Glasgow est telle que souvent se pose la question de leur intégration en Premier League anglaise. Alors que dans un premier temps, seul le Celtic encouragé par ses actionnaires irlandais semblait prêt à tenter l’aventure, les Rangers par la voie de leur manager actuel Alex McLeish semblent prêt à se ranger à l’avis de leur rival historique. Les télés très généreuses, et les sponsors très intéressés poussent en ce sens. Mais que deviendrait le championnat écossais sans ses deux grands clubs, lui qui souffre déjà d’une sous-médiatisation en Europe ? La question reste posée et ouverte. Alors à quand un club écossais champion d’Angleterre. Sûrement pas pour demain en tout cas !

C’est quoi le Old Firm ?

Le Old Firm est le surnom du derby de Glasgow entre les 2 grands clubs de la ville : le Celtic Glasgow et le Glasgow Rangers. C’est également un des grands derbies européens. Ce match est le plus attendu de la saison dans le championnat écossais même si sous le format actuel il est disputé quatre fois, sans compter les coupes.

Le premier de ces matchs eut lieu en mai 1888 et fut remporté par le Celtic FC par 5 buts à 2.

Les enjeux économiques sont tels que l’on se dirige inéluctablement vers une Premier League Anglaise comprenant le Celtic et les Rangers ; ce qui conduirait ni plus ni moins à la mort du foot en Écosse…

– Origines

Trois explications sont possibles concernant l’apparition du terme Old Firm (littéralement « vieille entente ») :

* le terme aurait été tiré d’un article de presse relatant le tout premier match du Celtic FC, qui était également la première rencontre entre les deux futurs rivaux. Il aurait été indiqué que l’ambiance sur la pelouse était si bonne et détendue qu’on aurait pu croire que les joueurs étaient de vieux amis (old firm friends).

* Le terme aurait été employé pour décrire les bénéfices financiers que retiraient les clubs de cette rivalité, sous-entendant qu’ils l’entretenaient sciemment.

* Le terme aurait été créé aprés une finale de coupe entre le Celtic FC et le Hibernian FC. La légende veut que les Rangers aient prêté un gardien au Celtic qui n’en avaient aucun de disponible pour ce match.

Quelle que soit la réelle explication, l’entente supposée ou existante fut brève et une rivalité féroce s’engagea.

– Rivalité

Le Rangers FC est, depuis sa création, profondément ancré dans la population protestante de Glasgow et fidèle à la couronne d’Angleterre, contrairement au Celtic FC, traditionnellement soutenu par les catholiques et proche de la communauté irlandaise. Cette rivalité sportive entre les deux meilleurs clubs de Glasgow (depuis le déclin du Queen’s Park FC) puis d’Écosse a donc également rapidement pris un tour communautaire et religieux dépassant largement le cadre du seul football.

– Troubles

Le premier joueur à avoir joué pour les deux clubs est Mo Johnston. Sa seule arrivée aux Rangers FC en 1989 (101 ans après le premier Old Firm) aurait suffit à provoquer un tollé à l’Ibrox Stadium mais les circonstances dans lesquelles elle s’est produite déclenchèrent également la colère du Celtic Park. En effet Mo Johnston, parti au FC Nantes depuis 2 ans mais encore trés apprécié chez les supporters verts et blancs, annonça publiquement son retour au Celtic. Mais le manager des Rangers FC de l’époque, Graeme Souness, convainc le joueur alors en difficultés avec le fisc écossais de rejoindre l’ennemi de toujours. Les publics des deux équipes réagiront très mal à ce transfert et la situation fut très tendue durant quelques temps.

– Record

Les 118 567 spectateurs du Old Firm du 2 janvier 1939 à l’Ibrox Stadium constituent le record absolu pour un match de championnat de football en Grande-Bretagne. Toutefois, le record pour un Old Firm est de 132 870 spectateurs pour la finale de la Coupe d’Écosse de football 1969 au Hampden Park.

– Catastrophe

Le 2 janvier 1971, lors du Old Firm à Ibrox Park, le but égalisateur de Colin Stein pour les Rangers FC en toute fin de match amena une partie du public qui quittait le stade à revenir, croisant ceux qui partaient. La bousculade qui s’ensuivit fit 66 morts et environ 200 blessés.

– New Firm

Dans les années 1980, les clubs d’Aberdeen (alors dirigé par Alex Ferguson) et de Dundee United réussirent à faire jeu égal avec les deux clubs de Glasgow et à faire main basse à plusieurs reprises sur le titre de champion. Leur rencontre fut donc nommée New Firm, selon le modèle de l’Old Firm. Mais les deux clubs rentrèrent rapidement dans le rang (surtout Dundee United) et le terme fut abandonné.

Une seconde New Firm vu le jour au début des années 2000 mais, de manière quelque peu surprenante, cette fois au Danemark. En effet, la mainmise des deux clubs de Copenhague, le FC Copenhague et le Brøndby IF, sur le championnat danois et leur rivalité féroce rappellent la situation de Glasgow.