Lennon, l’otage

Depuis des années, Neil Lennon, manager du Celtic, est la cible de menaces de mort et d’attaques physiques de la part de personnes qui lui en veulent d’être catholique. Ces dernières semaines, les actes à son encontre se sont multipliés, sur fond de rivalité footballistique malsaine.

Nom : Lennon. Prénom : Neil. Profession : Manager du Celtic Glasgow. Signes particuliers : Catholique d’Irlande du nord. De l’autre côté de la Manche, cela fait beaucoup pour un seul homme. Depuis bientôt dix ans, l’ancien footballeur de Leicester City vit sous la menace et les violences. Ces dernières semaines, celles-ci se sont multipliées. Agé de 39 ans, Neil Lennon – qui n’avait jamais été inquiété lorsqu’il évoluait en Angleterre – a été la cible de plusieurs attaques. Il y a eu cette lettre contentant des balles de revolver ou, le mois dernier, ce colis piégé avec un engin explosif destiné à le « tuer ou le mutiler » – dixit la police – qui a été intercepté dans un centre de tri. Enfin, la semaine passée, le manager du Celtic a été assailli en plein match de championnat par un supporter de Hearts of Midlothian, John Wilson. Entré sur le terrain, l’homme a frappé Lennon au visage avant d’être appréhendé par les forces de l’ordre. Il a été interdit de stade à vie, son acte ayant été motivé par des considérations religieuses.

Ces derniers faits, gravissimes, ne sont malheureusement que la répétition d’événements qui ont émaillé la vie de l’ancien footballeur depuis bientôt une décennie. Victime, ainsi que sa famille, de menaces de morts de la part des loyalistes dès 2001, Lennon a quitté la sélection nationale nord-irlandaise en 2002, alors qu’il en était le capitaine. Lassé et en pleine dépression, le joueur avait rendu son brassard à quelques heures d’un match amical face à Chypre. A l’époque, l’émotion n’avait rien changé à l’affaire ni à l’hostilité irrationnelle qu’il suscite. En 2008, pris à partie au cœur de Glasgow, Lennon avait été retrouvé inconscient. L’attaque avait eu lieu quelques heures après le « Old Firm ». Celui qui a porté les couleurs du Celtic entre 2000 et 2007 avant d’en devenir le manager en 2010 n’avait pas souhaité porter plainte. Ses deux assaillants furent néanmoins arrêtés et condamnés à une peine de prison.

« I don’t walk alone »

Plus connu pour s’en prendre aux arbitres ou aux autres managers, passionné et parfois chambreur – comme d’autres – Lennon n’étale pas convictions sur la table mais est aujourd’hui l’otage d’un conflit qui le dépasse et dont les supporters des clubs adverses se sont emparés pour le déstabiliser. Le manager du Celtic, club catholique de la ville, est une cible idéale et évidente pour une frange des supporters des Rangers, club protestant, ou tout autre John Wilson en puissance, alors qu’une forme de racisme anti-irlandais et anti-catholique restent latents dans la société écossaise.

Dimanche, les Rangers ont remporté le Championnat d’Ecosse aux dépens du Celtic. Aux commandes de l’équipe première depuis une saison, Neil Lennon a juré qu’il avait envie de continuer. « Ce qui s’est passé ne m’a jamais réellement détourné de ma mission. J’ai une bonne famille derrière moi », a-t-il positivé. Comme depuis dix ans, Neil Lennon ne se laisse pas abattre. Il avance tête haute et avec une volonté de fer. « I don’t walk alone », avait-il tweeté après l’attaque de John Wilson. Plus que jamais, Neil Lennon a besoin de soutien. Mais pas de vengeurs masqués comme ceux qui ont envoyé un colis piégé à Donald Findlay, ancien président des Rangers, lundi. On ne combat pas le mal par le mal.