Entre foot et religion

Le Celtic et les Rangers s’affrontent samedi à Ibrox Park pour le traditionnel derby. Le « Old Firm », comme on appelle ce match, promet une nouvelle fois d’être intense.

Une rivalité au-delà du football oppose le Celtic au Rangers. Le Old Firm (que l’on peut traduire par « vieille combine ») est le derby qui oppose en Écosse le Celtic et les Rangers. Ce surnom est apparu au début du XXème siècle quand l’un des deux clubs prête un jour un gardien de but à l’autre pour pouvoir disputer un match de coupe contre Hibernian. Un journaliste, choqué par le procédé, déclare alors que ces deux clubs forment une « Old Firm » (vieille combine). Ce derby fait partie des plus explosifs de la planète football. La farouche rivalité entre les deux grands rivaux de la ville écossaise est depuis longtemps entrée dans la légende. Les deux équipes se sont affrontées pour la première fois en 1888. Aujourd’hui, pratiquement 120 ans après leur première confrontation, ce derby entre le Celtic « catholique irlandais » et les Rangers « protestants » déchaine toujours autant les mêmes passions. Et pas seulement au niveau du football. Les traditions et la société de la ville de Glasgow transpirent à travers ce match mythique.

Mais plus qu’un affrontement entre deux équipes de football, c’est un affrontement entre deux communautés. La division religieuse de la ville de Glasgow et plus généralement de l’Écosse a été reproduite à travers le football. D’un côté le Celtic, club des immigrés irlandais catholiques, de l’autre les Rangers dont les supporters et le club revendiquent leur protestantisme. Au départ, la rivalité entre les deux équipes se limitait au football. Mais chacun au fil des ans a commencé à affirmer son identité politique et religieuse. A ce moment-là, la rivalité a pris une tout autre dimension. Au fil des décennies, les supporters des deux camps vont se radicaliser. Les stades de football vont être utilisés pendant de nombreuses années comme des tribunes politiques et transposer au-delà des frontières irlandaises l’opposition entre l’IRA (Armée républicaine irlandaise) et l’UDA (Association de défense de l’Ulster). Malgré les accusations de fanatismes religieux, les dirigeants des deux clubs n’oseront jamais prendre position. A Glasgow, les conséquences de cette rivalité entre les deux clubs vont entraîner des agressions en pleine ville entre suporters et pas forcément les jours de matchs. Depuis 1995, on estime à quatre le nombre de personnes tuées pour des motifs de rivalités liées au football et à la religion. Et on dénombre une soixantaine d’agressions pour les mêmes raisons.

Mais ces dernières années, les deux clubs ont tenté d’améliorer la situation et d’apaiser les tensions. L’exemple est donné en 1988 par Graeme Souness, coach des Rangers qui décide de recruter au-delà des convictions religieuses. L’arrivée de Mo Johnston (joueur catholique et ancien du Celtic) porte un coup à la politique sectaire des Rangers. Certains supporters brulent leurs écharpes et déchirent leurs abonnements. Pourtant, tout va s’apaiser au fil des ans. Les deux clubs demandent à leurs suporters de ne plus entonner de chants orientés politiquement et tentent de se rapprocher. Si désormais on trouve des joueurs des deux confessions dans les deux équipes, le sectarisme reste présent au sein de la ville de Glasgow et par rebonds au sein des deux communautés de suporters. Les derbys entre le Celtic et les Rangers restent encore un terrain d’expression, d’un conflit toujours enraciné au sein de la ville. Et samedi, pour le nouvel Old Firm, rien n’aura changé. D’un côté les couleurs de l’Irlande, de l’autre celles de l’Écosse.