Des nouvelles de Stilian Petrov

Stilian Petrov fêtera samedi, à bientôt 32 ans, sa 100e sélection avec l’équipe de Bulgarie. En bon capitaine, il joue les ambassadeurs.

Le bonhomme connaît la chanson médiatique. Volontiers charmeur, il nous accueille avec un large sourire et son accent écossais, vestige de ses années à Glasgow. Chouchou de Celtic Park, Stilian Petrov y a remporté quatre titres et porté le brassard. Comme à Aston Villa, où il composait – sous l’ère Martin O’Neil – un milieu de terrain terrifiant en compagnie de James Milner, de Gareth Barry et d’Ashley Young. Adulé en terres britanniques pour ses qualités de combattant, le capitaine bulgare se raconte en douceur. Avec la conviction des braves.

Vous honorerez samedi une centième sélection. Qu’est que ce cap représente pour vous ?

Si je suis retenu – parce qu’en football on ne sait jamais – je vivrai probablement la plus grande fierté de ma carrière. Atteindre cent sélections pour son pays constitue un immense honneur parce que peu de joueurs peuvent y prétendre et parce que cela vient couronner des années d’efforts. Je pense que j’aurai plaisir à ressasser cette statistique pendant mes vieux jours.

Si vous jetez un œil dans le rétroviseur, quels sont les atouts qui vous ont porté si haut ?

L’amour du jeu. Je ne suis clairement pas le plus talentueux, mais j’ai un gros cœur, une envie constante de m’améliorer et de faire plaisir aux supporters. Et je pense être un bon coéquipier, peut-être encore plus avec l’âge et l’expérience tirée des moments difficiles que tu traverses forcément au fil d’une carrière.

Une expérience que vous essayez de transmettre ici à vos jeunes coéquipiers ?

Je m’efforce en effet de communiquer mon envie, de donner des conseils mais je dois vous avouer que tous les jeunes joueurs ne sont pas forcément réceptifs. Je constate aujourd’hui que trop d’espoirs sont obnubilés par l’idée d’une gloire rapide et oublient d’apprécier les fondamentaux du football. Ils passent à côté du plaisir du jeu puis se perdent dans des situations devenues ingérables. Je crois au contraire que ma longévité vient du fait que j’ai construit et apprécier chaque étape de ma vie de footballeur.

Le match contre la Suisse constitue la première sortie de Lothar Matthäus à domicile. Qu’a-t-il déjà apporté à la sélection bulgare ?

Lothar nous apporte de la conviction. Vous savez, en Bulgarie, il est normal de critiquer ou de se plaindre. Cela fait presque partie du patrimoine culturel. Donc si un coach est nommé ou une équipe retenue, on commence par en chercher les défauts et les manques. Lothar fonctionne à l’opposé. En imposant concentration et discipline, il parvient à nous faire croire en nos chances même si nous avons moins de qualités que l’adversaire. Et son message passe, j’en veux pour preuve notre victoire à Cardiff, où nous avons montré presque plus de « fighting spirit » que les Gallois.

Cette discipline, cette rigueur, la Bulgarie en avait vraiment besoin ?

Oh oui. Bon, je ne dis pas que par le passé régnait l’anarchie, loin de là. Mais nos efforts demeuraient désordonnés. Avec Lothar, tous écoutent en silence, se regardent dans les yeux. Il nous transmet sa mentalité, sa rage de vaincre. Je pense que ces quelques jours vont faire du bien à de nombreux joueurs.

Berbatov retiré, Martin Petrov suspendu, vous êtes la dernière « star » sous les drapeaux. N’est-ce pas un peu dur à assumer ?

C’est en effet compliqué. Car lorsque vous rencontrez le succès, le public attend beaucoup en retour. Et aujourd’hui les regards se tournent vers moi. Mais j’aime les responsabilités et, c’est d’ailleurs pourquoi je suis revenu sur ma décision de renoncer à l’équipe nationale. Ensuite, la suspension de Martin tombe très mal vu l’importance de ce match. Quant à Berbatov, c’est forcément un crève-cœur de devoir se passer d’un joueur de sa classe. Avec Petrov et Berbatov, les équipes adverses n’évoluent pas de la même manière car elles sont sur leurs gardes. La Suisse n’aura pas ce problème, c’est ainsi. Mais nous compenserons ces pertes avec une énorme envie.

Pensez-vous pouvoir faire changer d’avis Berbatov si vous revenez dans la course à l’Euro ?

J’adorerais. Mais Dimitar est mon ami et je le connais assez bien pour savoir que lorsqu’il a pris une décision, elle est irrévocable.

Vous n’êtes plus titulaire à Aston Villa depuis quatre matches, craignez-vous un manque de rythme ?

Non, je ne crois pas. Maintenant c’est vrai que la situation est délicate. Personne n’aime rester sur le banc, surtout lorsque vous avez écrit pendant plusieurs années l’histoire d’un club. Cela dit, mon envie demeure intacte et je compte bien me battre pour convaincre le manager ( ndlr : Gérard Houllier ) de me faire jouer pour aider le club à éviter la relégation.

Un mot sur l’adversaire, que vous inspire l’équipe de Suisse ? Quels sont les joueurs à surveiller ?

J’ai joué plusieurs fois contre Frei ou Yakin, ce sont les deux individualités qui viennent immédiatement à l’esprit. Mais la Suisse peut compter sur un jeune attaquant talentueux qui m’impressionne beaucoup, Derdiyok. Je ne sais pas avec qui il va commencer, mais nous devrons nous en méfier. Sinon, l’équipe de Suisse est reconnue pour sa discipline défensive, sa solidarité. Mais la rencontre de samedi est une finale, un match nul serait synonyme d’élimination pour tout le monde. Je pense donc que les spectateurs prendront du plaisir.