John Reid suucède à Brian Quinn

John Reid, l’ancien ministre britannique de l’Intérieur, a été confirmé lundi comme nouveau président du Celtic Glasgow lors de l’Assemblée générale annuelle du célèbre club de football écossais

Reid, 60 ans, en charge du Home Secretary jusqu’au départ de Tony Blair en juin et l’avènement de Gordon Brown comme Premier ministre, avait été désigné en septembre par le Comité directeur du Celtic pour succéder à Brian Quinn. « Je considère cela comme le plus grand honneur de ma vie », a déclaré John Reid lors de l’AG annuelle du Celtic. « Lorsque vous venez dans ce club, vous laissez derrière les antécédents, la division religieuse et la division politique. Ce n’est pas un forum pour un débat politique », a-t-il ajouté. « Je suis un membre de la famille du Celtic et un supporter de longue date », a souligné l’ancien ministre.

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Les tensions religieuses entre le Celtic, un club à prédominance catholique, et les Glasgow Rangers, son rival historique dont la base des supporters est à très large majorité protestante, représentent une caractéristique de longue date du football écossais. Malgré le soutien d’une large majorité des actionnaires du Celtic, une poignée de ceux présents lundi a contesté sa nomination. John Reid, qui a occupé neuf postes ministériels sous la décennie au pouvoir de Tony Blair, devrait renoncer à briguer un nouveau mandat de député aux prochaines élections générales, alors qu’il siège depuis vingt ans à la chambre des Communes où il est actuellement l’élu de la circonscription écossaise de Hamilton North et Bellshill.

Le Celtic Glasgow, champion en titre, occupe actuellement la première place au classement du Championnat d’Ecosse (après 13 journées) avec 3 points d’avance sur les Glasgow Rangers.

John Stein

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Dans une enquête menée en août dernier auprès des lecteurs du Sunday Herald, John « Jock » Stein, l’entraîneur mythique des Lisbon Lions de 1967 a été élu ‘Greatest manager in Scottish football history’. Du mineur-joueur du Lanarkshire de l’après-guerre au glorieux entraîneur du Celtic des années 60, retour sur une carrière unique dans les annales du football écossais.

Pour tous ceux qui ont eu la chance de le côtoyer, il fut « the Big Man », « the Goliath with a limp » (le Goliath boitant), mais pour les fans du Celtic il fut et restera à jamais « GOD » (Dieu). « John… you’re immortal », lui avait même confié son ami le grand Bill Shankly, par une fameuse nuit de mai 1967 à Lisbonne.

Celui qui allait marquer à jamais l’histoire du football écossais (voire britannique, n’en déplaise à Messieurs les Anglais…) voit le jour le 5 octobre 1922 à Burnbank, dans le sud du Lanarkshire, au sud-ouest de Glasgow. Mineur de formation, John « Jock » Stein s’évade de l’univers rude des puits de charbon et chausse les crampons chaque samedi. D’abord sous les couleurs du club des Blantyre Victoria juniors puis sous celles des Albion Rovers de Coatbridge, dans la banlieue Est de Glasgow, où il évolue au poste de milieu axial.

Recruté par la réserve du Celtic en 1951, c’est finalement dans les rangs de l’équipe première qu’il fera ses débuts dans le grand bain, le club étant à l’époque passablement amoindri par les blessures successives de ses meilleurs éléments.

Ses qualités de meneur d’hommes font très vite de Stein une figure emblématique de l’équipe entraînée à l’époque par Jimmy McGrory. Ce dernier lui confie même le brassard de capitaine et les résultats ne tardent pas à suivre. En 1954, les Hoops réalisent le doublé League Cup-Scottish Cup. Une performance remarquable quand on sait que le Celtic n’a plus été champion depuis 1938 et que son dernier trophée remonte alors à 1951 (et à une Coupe d’Ecosse remportée contre Motherwell).

Mais le 31 août 1955, alors que l’Old Firm bat son plein, Jock Stein s’effondre, victime d’une grave blessure à la cheville qui le verra boiter jusqu’à la fin de ses jours. Sa carrière de joueur s’arrête précipitamment, dans la force de l’âge. Plus jamais il n’endossera la tunique vert et blanc du Celtic avec laquelle il aura pris part à 148 matches et marqué deux buts. Son avenir se construira ailleurs désormais.

Ailleurs mais dans le milieu du football. Comment aurait-il pu en être autrement pour celui qui, avant même d’être contraint de raccrocher brutalement les crampons, s’intéressait de près à tout ce qui touche au coaching et à la gestion d’une équipe ? Grand admirateur d’Helenio Herrera, l’entraîneur argentin de l’Inter des années 60, il a des idées bien définies sur la question et profite de sa nomination à la tête des équipes réserve et de jeunes du Celtic pour les mettre en œuvre avec succès. Sous ses ordres, les minots de Parkhead triomphent ainsi des Rangers en finale de la deuxième XL Cup en mars 1958.

Sûr de son fait et de ses aptitudes, Stein se verrait bien succéder à McGrory au poste d’entraîneur de l’équipe première. Pour sa plus grande déception, la direction du club ne lui propose alors qu’une place de manager commercial. Contacté par Dunfermline en 1960, c’est à l’East End Park qu’il fera ses premiers coups d’éclat.

Quand Stein débarque dans le Fife, la situation du club est quasi-désespérée. Noyés dans les profondeurs du classement, les Pars doivent absolument aligner six victoires consécutives pour sauver leur peau dans l’élite. Le défi est à la mesure de l’ancien mineur. Stein applique ses principes à la lettre – approche tactique et maîtrise du ballon – et le club échappe miraculeusement à la relégation. Le jeune entraîneur entre alors de plain-pied dans la légende du club et ce n’est qu’un début. L’année suivante, le Dunfermline Athletic enlève la Scottish Cup (face au Celtic…), le premier trophée de son histoire. Et que dire alors de la fantastique victoire 6-2 contre les Espagnols de Valence en Coupe des Villes de Foire 1962 ? Une performance tout bonnement invraisemblable de la part d’une équipe plus connue à l’époque pour ses flirts routiniers avec la zone de relégation en Deuxième division… Personne n’est dupe. La patte magique de Stein n’a évidemment pas été étrangère à cette réussite insolente.

Lorsque Jock Stein quitte le Fife pour la capitale et Hibernian, les fans ont du mal à tourner la page. Pour les supporteurs des Hibs en revanche c’est l’euphorie. Le séjour de Stein à Easter Road sera cependant de courte durée. Fort de l’expérience acquise à la tête des Pars, ce dernier aura tout de même le temps (et le mérite…) de faire renouer le club catholique d’Edimbourg avec le succès en remportant la Summer Cup contre Aberdeen en 1964.

Au mois de mars suivant, alors qu’il ne s’y attendait plus, le Celtic lui propose de faire son retour au club. Plus question cette fois d’avoir la charge de la réserve et encore moins d’occuper le fauteuil de manager commercial. A la clé, un poste d’entraîneur de l’équipe pro, son rêve de toujours. Enchanté à l’idée de retrouver l’ambiance survoltée de Celtic Park, Stein ne se fait pas prier et se met immédiatement au travail. De surcroît, privilège inestimable, il connaît bien les jeunes pousses du club pour les avoir vu grandir quand il s’occupait de la réserve. Les clés de la réussite sont entre ses mains et les résultats vont dépasser toutes les espérances du peuple vert et blanc.

De 1965 à 1978, le Celtic rafle tout sur son passage. En l’espace de treize saisons, ce sont pas moins de vingt cinq trophées qui viennent garnir les salons feutrés de Celtic Park, devenu le symbole de la réussite « made in Scotland ». Sous les ordres de Stein, les Hoops décrochent dix titres de champion, dont neuf d’affilée entre 1965 et 1973, remportent huit Coupes d’Ecosse (et disputent trois finales) et s’imposent à six reprises en Coupe de la Ligue (dont ils disputeront sept autres finales). (JPEG) Le Celtic tout à sa joie, une image récurrente dans les années 60

Mais c’est à Lisbonne au mois de mai 1967 par une douce nuit printanière que le mineur de Burbank entre définitivement dans la légende du football écossais (et plus largement britannique). En s’imposant 2-1 [1] en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions face au grand favori de l’épreuve, l’Inter de Milan, déjà titré à deux reprises en 1964 et 1965, les Bhoys signent un première détonante. Le premier succès d’une équipe non latine en finale de Coupe d’Europe. Le Real de Madrid, Benfica, le Milan AC, l’Inter avaient jusque-là été les seuls clubs à briller au firmament du football continental. Jamais une équipe « du Nord », qu’elle soit allemande, néerlandaise, française, belge ou britannique n’était parvenue à réaliser un tel exploit. Et voilà qu’une bande de Glaswégiens pur jus – tous les joueurs sont nés dans un rayon de 30 kilomètres – créent la sensation à Lisbonne. Ils deviennent champions d’Europe et réalisent cette année-là un fantastique quadruplé en décrochant tous les autres titres en jeu : le championnat d’Ecosse, la Coupe d’Ecosse et la Coupe de la Ligue (auquel il faudrait ajouter pour être véritablement complet le BBC television Quizball trophy…). Une réussite absolue qui donnera des idées aux autres ténors du football britannique les années suivantes. En 1970, le Celtic goûtera à nouveau aux joies d’une finale européenne mais cette fois-ci avec moins de bonheur, s’inclinant 2-1 contre Feyenoord à San Siro.

Après cette folle nuit portugaise, la notoriété de Jock Stein est à son comble. Pour les fidèles du Celtic, il devient un véritable Dieu vivant. Son nom devient synonyme de réussite. Lorsqu’en juillet 1975, il est victime d’un grave accident de voiture, toute l’Ecosse s’en émeut. A son retour, l’équipe retrouve un homme assagi, moins emporté mais toujours aussi passionné. Sous ses ordres, les Bhoys réaliseront à nouveau le doublé Coupe-Championnat, en profitant au passage pour s’arroger le premier titre de Premier League.

La saison suivante, en 1977/78, les blessures de Conn et Stanton auxquelles est venu s’ajouter le départ de Dalglish pour Liverpool sonnent le glas des derniers espoirs de Stein de ramener à nouveau la Coupe d’Europe sur les bords de la Clyde. Alors que des rumeurs courent sur la dégradation de ses rapports avec la direction du club, Stein fait ses adieux à Celtic Park.

Après un court passage à Leeds (44 jours), la S.F.A fait appel à lui pour prendre en main la destinée de l’équipe nationale. Il y met toute son énergie et permet à l’Ecosse de se qualifier pour la phase finale de la Coupe du Monde 1982 en Espagne [2]. (JPEG) Le jeune Alex, dans le sillage du maître…

Trois ans plus tard, le 10 septembre 1985, alors que ses joueurs viennent d’arracher leur qualification pour le Mondial 1986 au Mexique à l’issue d’un match épique contre le Pays de Galles à Cardiff, Jock Stein s’effondre au coup de sifflet final. Victime d’une crise cardiaque, il tire définitivement sa révérence et quitte la scène à 62 ans.

Véritable légende de son vivant, Stein atteint au mythe après sa mort. Pour les fans du Celtic, sa prédilection pour le football offensif alliée à ses dons de meneur d’hommes ont soulevé des montagnes. Leur reconnaissance à son égard est sans bornes.

Mais la plus belle réussite dont Jock Stein, le Protestant de Burnbank, peut s’enorgueillir à juste titre, c’est loin des terrains qu’il faut la chercher. Premier non catholique à s’asseoir sur le banc du Celtic, Stein a su à sa manière abattre les hideuses barrières du sectarisme qui n’ont de cesse de resurgir dans le paysage glaswégien. Ainsi, ce n’est pas sans une certaine pointe de malice qu’il avait répondu à un journaliste qui lui demandait « entre un Catholique et un Protestant de même niveau, lequel des deux feriez-vous signer ? », « Le Protestant, bien sûr ! », sachant pertinemment qu’il ne viendrait jamais à l’idée des Rangers de recruter un Catholique…

P.-S.

[1] Après l’ouverture du score de l’Inter par Mazzola sur penalty dès la 8e minute de jeu, le Celtic est d’abord revenu au score grâce à Tommy Gemmell à la 63e minute avant de s’imposer à cinq minutes du terme grâce à Stevie Chalmers.

[2] Le onze du chardon s’impose 5-2 contre la Nouvelle-Zélande, avant de s’incliner 4-1 contre le Brésil et de faire jeu égal 2-2 face à l’URSS. L’Ecosse rentrera au pays à l’issue du premier tour.

Gordon Strachan

Alors que l’Angleterre ne parvient pas à trouver d’entraîneur potable pour sa sélection depuis Bobby Robson, l’Ecosse, elle, fourmille de managers hors du commun : Ferguson, Mc Leish, mais aussi et surtout Gordon Strachan. Probablement le plus grand footballeur de l’histoire du pays, il enchaîne également les succès depuis sa reconversion en entraîneur. Gordon Strachan est un génie, et en plus il est roux.

Novembre 2006. On joue la 93e minute d’un duel fratricide entre le Celtic et Hearts of Midlothian. Un peu plus tôt dans la semaine, les joueurs de la capitale avaient fait monter la sauce dans la presse, à coup de déclarations assassines sur le réel niveau de jeu du club de Glasgow. Soudain, Craig Gordon, le gardien des Hearts, offre bien malgré lui la victoire au Celtic, et ruine du même coup les derniers espoirs de titre du club d’Edimbourg. Strachan pète les plombs. Là où Mourinho se contenterait de mettre son index sur la bouche pour inviter gentiment ses détracteurs à se taire, le coach du Celtic court partout, crie, et, écarlate, se met à gesticuler bizarrement avec sa main droite, comme pour signifier : « la prochaine fois, attendez le match avant de l’ouvrir ». On dit des Anglais qu’ils sont les rois du fair-play seulement quand ils gagnent. Strachan, lui, est Ecossais. Vous le battez, il vous félicite. Mais s’il sort vainqueur, il saura vous pourrir comme il se doit. Et comme il n’a pas pour habitude de perdre…

« En jogging deux heures avant le match »

Gordon Strachan est resté joueur. Pas du genre à rester en costume dans les bureaux pendant que son adjoint se caille les miches en installant les plots. « Gordon, il est hors normes. A l’entraînement, il contrôle tout. Les exercices c’est lui qui les conçoit. Il faisait les footings et se mélangeait avec nous dans les jeux. Et techniquement, il était au dessus du lot, même à plus de quarante ans. Lorsque certains joueurs n’arrivaient pas à faire un exercice, il se mettait à leur place et claquait des transversales de 40 mètres sans problème. Physiquement, pareil, il était devant nous. Les jours de match, enfin, il était en jogging deux heures avant tout le monde, comme s’il s’était déjà échauffé et qu’il était prêt à jouer. C’était sa façon à lui d’avoir de la crédibilité », se souvient Mustapha Hadji, drivé par Strachan à Coventry. D’où, question : comment peut-on avoir des résultats avec des joueurs à peine meilleurs qu’un mec de 43 piges ?

« Passe manger à la maison ce soir »

L’Ecossais n’est pas un grand tacticien : il ne déroge pratiquement jamais à son 4-4-2. Basique. La méthode Strachan tient davantage des ressources humaines que de la stratégie de jeu : pour lui, le plus important dans un groupe, c’est l’ambiance qui y règne. Ainsi, lors des séances, il n’hésite pas à détendre l’atmosphère, et à vanner ses joueurs. « Lors des toros, il vous allume durant tout l’exercice, surtout s’il joue. Lorsqu’il réussissait un petit pont, il arrêtait le jeu aussi sec, prenait le ballon à la main, se mettait à genoux devant vous, mort de rire, et vous lançait : ‘T’oublieras pas de passer à la caisse à la fin de l’entraînement, ça fera 30 Livres !’ Quand vous avez un coach comme ça, aller à l’entraînement n’est pas une corvée », relate l’international marocain, nostalgique qui se rappelle des dîners chez les Strachan, quand le moral moisissait dans ses chaussettes. « Lorsque vous n’étiez plus trop dedans, au lieu de vous incendier ou de vous mettre sur le banc, il vous prenait à part et vous glissait : ‘allez, passe dîner à la maison ce soir’. On mangeait avec sa femme et ses enfants, et on ne parlait pas de foot. Ça aidait à faire le vide ».

Il bousille des Veleda à la mi-temps

Mais attention, il ne faudrait tout de même pas prendre Strachan pour un moniteur de colo, la franche rigolade a ses limites. Il y a un temps pour tout. Le dimanche, pas question de plaisanter. « La semaine, c’est cool, mais le week-end, on avait intérêt à aller au charbon », confie l’ancien Rennais Fabrice Fernandes, qui, lui, a connu Strachan à Southampton. Certains stades du royaume se souviennent encore du passage du rouquin et de ses gueulantes à la mi-temps. « Lorsqu’on passait à côté, il savait nous le faire comprendre. Et on était tous dans le même panier, il rentrait dans le chou à tout le monde. Je peux vous dire que quand vous revenez pour la deuxième mi-temps, si vous avez la chance d’être encore sur le terrain, vous avez envie de vous arracher », raconte Hadji. « Une fois, il était tellement excédé qu’il n’a rien dit. Par contre j’ai vu des bouteilles d’eau valser, des feutres Veleda venir s’écraser contre le mur, et la pharmacie se prendre un coup de pied monumental. On ne perdait pourtant que 1-0 », se remémore quant à lui Fernandes. Strachan est passionné, donc excessif. Il vit tellement les matchs à fond qu’il n’est pas rare de le voir mimer une frappe ou une passe, alors que l’action se déroule à 30 mètres de son banc.

Tout vers l’avant

La méthode, quoique parfois disproportionnée, fonctionne. Et plutôt bien. Coventry ¬-pour qui Strachan a joué jusqu’à 39 ans, avant de prendre les commandes de l’équipe première en 1997- est donné favori pour la descente tous les ans par les bookmakers. Avec Strachan aux commandes, le club réussit l’exploit de se maintenir plusieurs saisons de suite, jusqu’en 2001 -où ce qui devait arriver arriva. Mieux, l’équipe jouait bien. « Pour moi, il est important que les gens qui payent leur place soient heureux du spectacle proposé », répète le manager. « Strachan aime les joueurs techniques, au profil offensif. En fait, il apprécie les joueurs qui lui ressemblent », avance Graham Spiers, journaliste au Times, tandis que Fabrice Fernandes explique qu’« avec lui, il faut toujours attaquer. Il peut vous engueuler après une passe en retrait, même si vous menez au score. »

Ferguson a peur qu’il le poignarde

Une manière d’opérer qui n’est pas sans rappeler celle d’un autre entraîneur Ecossais, davantage spécialisé dans le relationnel avec les joueurs que dans la tactique, Alex Ferguson. Ça tombe bien, les deux hommes se connaissent. Mais ne s’apprécient pas. Une sombre histoire de transfert raté du temps où Strachan était aux ordres d’un Ferguson pas encore Sir serait à l’origine de la querelle. « En réalité, c’est plus compliqué que ça, nuance Leo Moynihan. A Aberdeen, Gordon voulait toujours avoir le dernier mot face à Ferguson. En tant que joueur le plus talentueux de l’effectif, il pouvait se le permettre. Il discutait sans cesse ses décisions, il prenait plaisir à le contredire, ce qui rendit Ferguson furieux puisqu’il était d’ordinaire habitué à effrayer les joueurs. » L’actuel technicien de Manchester révèlera dans son autobiographie ne plus vouloir tourner le dos à Strachan, « de peur d’être poignardé ». Ce qui n’empêche pas les deux hommes de se vouer un immense respect et de passer une heure à bavarder du bon vieux temps lorsque leurs routes se croisent en coupe d’Europe.

« Je m’en fous, je suis écossais »

Après une fin de saison 2000-2001 ponctuée par une descente, l’ingrat board de Coventry décide de licencier celui qui a pourtant accompli des miracles. Southampton saute sur l’occasion et ne le regrettera pas. Les Saints, étonnant troubles fête en championnat, atteignent la finale de la Cup en 2003, logiquement battus par Arsenal (1-0). Strachan peut à cette époque compter l’éclosion de son avant-centre d’alors, le prometteur James Beattie, qui claque but sur but sur l’île. Les médias britons sondent régulièrement le coach pour savoir si le buteur a une chance de faire partie de la liste d’Eriksson pour l’Euro portugais qui se profile à l’horizon. « Je m’en fous, je suis écossais », répondra t-il, sans doute avec un peu trop de franchise.

Gordon, parano ?

Bien qu’il soit un homme de médias, Strachan prend la plupart des journalistes pour des cons, et ne se prive pas de leur faire savoir. Lorsqu’on l’interroge sur la blessure d’Augustin Delgado, il rétorque : « Ecoutez, j’ai un yaourt à manger. La date de péremption est aujourd’hui. Alors pour le moment, mon souci c’est de manger ce yaourt. Pas la blessure d’Augustin Delgado ». Petit à petit, le bonhomme devient médiatiquement moins populaire. « Quand un Français se met à parler de sardines, de mouettes et de chalutier, on dit que c’est un philosophe. Si c’était moi, on dirait que je suis seulement un nabot écossais qui raconte des conneries », s’amuse t-il, avant de hausser carrément le ton : « Assez souvent, je sens que j’ai besoin de prendre une douche après avoir passé du temps avec des journalistes sportifs ». Leo Moynihan, biographe du manager, tente de décrypter le personnage : « En fait, il croit que les journalistes jouent un jeu avec lui, qu’ils essayent sans cesse de lui faire prononcer LA phrase qui fera les gros titres. Alors, il s’est enfermé dans une espèce de mutisme, et essaye de contourner les questions ». Au vrai, Strachan pourrait bien virer parano. En avril dernier, après avoir été renvoyé aux vestiaires par l’arbitre -son deuxième carton rouge de la saison, tout de même- il s’interroge avec sarcasme : « Je n’ai rien compris. Peut-être ai-je été expulsé parce que je mesure 1,67 m et que je suis roux ». De quoi faire passer Courbis pour un rigolo.

Les épaules pour le Celtic ?

Puis, en 2005, c’est au tour du Celtic de venir frapper à sa porte. Le champion d’Europe 67 cherche un remplaçant au mythique Martin O’Neill, qui a préféré jeter l’éponge pour être aux côtés de sa femme, gravement malade. Une telle opportunité, pour un Ecossais, ne se refuse pas. Pourtant, à l’annonce de la signature, le scepticisme règne. Certes, Strachan n’a pas d’égal pour faire du bon travail dans des clubs de faible envergure, pour assurer le maintien et pourquoi pas jouer les troubles fêtes. Mais a-t-il les épaules assez larges pour un club comme le Celtic Glasgow, où finir deuxième est interdit ? De plus, il ne connaît pas le club, il n’y a jamais joué. A titre comparatif, c’est un peu comme si Alain Perrin signait à Lyon.

90 minutes pour vivre

Ses 90 premières minutes chez les Bhoys sont catastrophiques. En tour préliminaire de la Ligue des Champions 2005-2006, les verts et blancs se font ridiculiser cinq buts à rien par Bratislava. Trois jours plus tard, ils encaissent de nouveau quatre buts à Motherwell, mais parviennent tout de même à ramener un point. Strachan a beau clamer qu’ « (il) ne cherche pas être aimé, mais simplement à être respecté », les nostalgiques d’O’Neill demandent déjà sa tête. « L’une des raisons pour lesquelles les supporters du Celtic étaient, et pour certains sont toujours, contre lui, c’est parce quand il jouait pour Aberdeen et qu’il marquait contre le Celtic, il allait chambrer les fans en les saluant d’un clin d’œil ou d’un signe de la main », souligne Leo Moynihan.

Un adversaire coriace en ligue des champions Finalement, Strachan tient bon. Il internationalise son équipe –Nakamura, Gravesen, Venegoor of Hesselink rejoignent tour à tour l’effectif–, vire les bourrins –Hartson part en Angleterre vérifier si le nez des défenseurs de Premiership est aussi résistant à ses coups de coude que celui des Ecossais– abandonne le 3-5-2 si cher à son prédécesseur, et, finalement, fait ce qu’il sait faire le mieux : gagner des matchs. Presque deux ans, deux coupes et deux titres plus tard, on se dit que son Celtic fut finalement l’adversaire le plus coriace du Milan AC en ligue des champions. Les Rossoneri, poussés dans leurs derniers retranchements à San Siro, ont dû attendre la prolongation et un exploit de Kaka pour venir à bout des Bhoys. Pas mal pour un club qui n’avait plus passé les poules depuis des lustres. Pas mal pour une équipe davantage habituée à jouer contre Motherwell ou Dundee United. Pas mal pour un entraîneur soi disant nul en tactique.

Exergues :

« Avec lui, il faut toujours attaquer. Il peut vous engueuler après une passe en retrait, même si vous menez au score » F. Fernandes, qui a eu Strachan à Southampton.

« Quand un Français se met à parler de sardines, de mouettes et de chalutier, on dit que c’est un philosophe. Si c’était moi, on dirait que je suis seulement un nabot écossais qui raconte des conneries » G. Strachan

« Assez souvent, je sens que j’ai besoin de prendre une douche après avoir passé du temps avec des journalistes sportifs » G. Strachan

– Les meilleures citations de Strachan :

Ca peut sembler être une question stupide, mais vous serez heureux une fois cette première victoire dans votre escarcelle, non ? Oui… C’est une question stupide. D’ailleurs je n’y répondrai pas.

Vous venez d’être nommé à Southampton. Pensez-vous être l’homme de la situation ? Non. En fait j’ai dit au board : « je pense que vous devriez prendre George Graham parce que je sers à rien. »

Gordon, un mot rapide ? Vélocité (et il s’en va)

Votre série d’invincibilité continue. Allez vous tenir ? Non, je pense que je vais sombrer, devenir alcoolique, et sans doute me jeter d’un pont. Non, tout réfléchi, je crois que je peux tenir.

Gordon, dans quel domaine Middlesbrough était-il meilleur que vous aujourd’hui ? Quel domaine ? Principalement le grand domaine vert là bas.

Gordon, vous devez être ravi par ce résultat ? Tu l’as dit ! Tu sais lire dans mes pensées ?

Sa fiche

Né le 9/02/1957 à Edimbourg

Carrière de joueur :

– 1972-1977 : Dundee FC

– 1977-1984 : Aberdeen

– 1984-1989 : Manchester United

– 1989-1996 : Leeds United

– 1996-1997 : Coventry City

Palmarès :

– Coupe des Coupes 1983 (Aberdeen)
– Championnat d’Ecosse 1980 – 1984 (Aberdeen)
– Coupe d’Angleterre 1985 (Manchester United)
– Championnat d’Angleterre 1992 (Leeds United)
– Meilleur joueur du championnat d’Angleterre 1991
– International écossais (50 sélections)

Carrière d’entraîneur :

– 1997-2001 : Coventry
– 2001-2004 : Southampton
– Depuis 2005 : Celtic Glasgow
– Vainqueur du championnat d’Ecosse en 2006 et 2007, de la coupe d’Ecosse en 2007 et de la coupe de la league d’Ecosse en 2006.

« Aston » Martin O’Neill

martin

Très bon article tiré de So Foot par Marc Hervez, retraçant l’un des meilleurs entraîneurs passé au Celtic. Bonne lecture.

Derrière les trois intouchables que sont Arsenal, Man U et Chelsea, la bataille pour l’obtention des accessits européens bat son plein en Angleterre. Alors que Liverpool n’avance plus depuis un moment, un noyau d’équipes ambitieuses encercle les Reds au classement. Parmi elles, Aston Villa, qui flirte depuis un mois avec la cinquième place et que l’on n’attendait pas à pareille fête en début d’exercice. Il était donc important de s’attarder un moment sur la seule star de l’équipe, Martin O’Neill, son entraîneur. L’un des rares managers britanniques encore crédibles.

Il y a encore quelques mois, lorsque l’on regardait cette équipe aux couleurs horribles – plus communément appelées Claret and Blue – s’évertuer à pratiquer un kick and rush vintage, on se demandait toujours qui des joueurs de West Ham ou de Villa étaient sur la pelouse. Désormais, on sait. Les milieux de terrain continuent de voir le ballon leur passer au dessus du crâne, certes, mais Aston Villa, c’est l’équipe coachée par ce petit brun à lunettes au front dégarni, Martin O’Neill.

Derrière ce look d’intello pas forcément erroné – O’Neill est un passionné de criminologie et est diplômé en Droit – se cache un manager exalté abonné aux miracles, et qui n’hésite pas à enfiler le survêtement de son club tous les samedis après-midi, quand ses confrères de Premiership préfèrent le classique costard cravate, plus classe pour les conférences de presse d’après-match. Lorsqu’il fut intronisé manager du supposé gros club de Birmingham, à l’été 2006, les Villans venaient de terminer le championnat à une bien triste 16ème place. Ils sont aujourd’hui cinquièmes, à deux points de la Ligue des Champions.

La carrière de Martin O’Neill a réellement décollé lorsque celui-ci entraînait Leicester City, à la fin des années 90. Un club glauque, certes, mais qui termina en première partie de tableau chaque saison où il fut drivé par le Nord-Irlandais. Entre 1996 et 2000, Leicester atteint à trois reprises la finale de la League Cup, pour finalement lever le trophée une paire de fois, soit autant que Manchester United dans toute son histoire.

En 2000, O’Neill devient manager du Celtic Glasgow, un club prestigieux mais littéralement anéanti par l’incontestable domination des Rangers sur le plan national durant la décennie 90.

Là encore, O’Neill va triompher et faire exploser les statistiques. Son premier Old Firm se solde par une éclatante victoire des Bhoys (6-2) devant l’ennemi protestant, tandis que sa première saison s’achève par un exceptionnel triplé domestique : Championnat, Coupe d’Ecosse et Coupe de la Ligue. Le club n’avait alors jamais connu la C1 dans sa forme dite moderne et passait ses mercredis soir à mater la bande à Gascoigne se trimballer d’un bout à l’autre de l’Europe.

Durant son règne à Parkhead, O’Neill établira un nouveau record, celui du nombre de victoires consécutives dans un Old Firm, soit sept succès d’affilée. Lorsque son Celtic ne fut pas champion, il en profita pour atteindre la finale de l’UEFA l’année suivante, en 2003. Bien que très inférieurs au Porto de Mourinho, les Bhoys n’abdiquèrent qu’au bout de la prolongation. O’Neill était alors un entraîneur courtisé par toutes les grosses écuries du royaume. Il figurait même parmi les favoris à la succession de Ferguson avant que l’Ecossais ne se décide à prolonger son bail chez les Red Devils.

En fait, la seule chose qui provoqua le départ de Martin O’Neill du Celtic, où il était véritablement adulé, ce fut le cancer de sa femme, en 2005. On croyait alors à une retraite définitive : « Ce sport, c’est ma vie, lance t-il. Mais quoi que l’on dise sur les supposées pressions que l’on subit, il faut savoir relativiser et replacer tout ça dans son contexte. Le foot, ce n’est rien comparé aux autres problèmes de l’existence ».

Joueur, déjà, O’Neill était fidèle, travailleur et dévoué à son club. Un mec pour qui renverser des montagnes relevait de la simple routine. Brian Clough en avait fait l’un des piliers du Nottingham Forrest des années 70, la seule équipe au monde à avoir gagné davantage de Coupes d’Europe des clubs champions que de championnats nationaux.

Il fut également le capitaine de cette formidable équipe nord-irlandaise de 1982, qui humilia l’Espagne à domicile lors du Mundial. Aujourd’hui encore, O’Neill applique les fondamentaux tactiques propres aux équipes britanniques de son époque. Une culture du fighting spirit qu’il tient probablement du football gaélique, un sport qu’il a pratiqué jusqu’à 17 ans. Pour guider son attaque, le système d’O’Neill s’appuie sur une bonne vieille tour de contrôle à l’ancienne, voire un bourrin pas technique pour un sou, chargé de créer des brèches et de dévier des ballons pour son compère d’attaque plus virevoltant, plus agile, plus glamour aussi. C’était l’association entre Hartson et Larsson au Celtic hier, c’est Carew et Aghbonlahor aujourd’hui. Bien que simpliste, la formule marche, et le spectacle est là. Cette saison, Villa compte déjà deux 4-4 dans son garage, notamment le fameux nul arraché à Stamford Bridge, le jour du Boxing Day.

Après le fiasco de la sélection aux Trois Lions dans sa course au tyrolien, la Fédération s’est légitimement tournée vers O’Neill. Hasard ou coïncidence, l’effectif des Villans n’est pas loin d’être le plus anglais de toute la Premier League, tout du moins de la première partie de tableau.

Avec Agbonlahor, Young, Carson ou Barry, il y a fort à parier que Capello ira piocher régulièrement dans le réservoir du club de Birmingham pour constituer son groupe. Quitte à confier son équipe nationale à un étranger, autant que ça soit à un Britannique.

O’Neill avait même la préférence du seul entraîneur de l’Angleterre potable de ces vingt dernières années, Sir Bobby Robson. « Dans un monde parfait, un sélectionneur anglais serait le mieux. Mais nous ne sommes pas dans un monde parfait, a-t-il ajouté. Le bon sélectionneur doit être brillant, intelligent, expérimenté et être un meneur d’hommes. Il doit avoir une forte personnalité, avoir remporté des trophées et posséder une expérience en Ligue des champions. Le seul entraîneur du pays à approcher ces critères est Martin O’Neill ».

Mais le Nord-Irlandais, comme par le passé, a refusé un poste prestigieux. Par fidélité ? Pour ne pas mettre son club dans l’embarras en plein milieu de la saison ? En fait, O’Neill n’avait peut-être pas les épaules assez larges, et il le savait. S’il a toujours refusé de prendre en charge un très gros club, c’est peut-être pour une raison toute simple, que Tony Cascarino résume parfaitement : « Pour tirer le meilleur de ses joueurs, O’Neill n’a pas d’égal. Il fait d’un joueur moyen un bon joueur et d’un bon joueur un joueur génial. Mais peut-il rendre un joueur génial fantastique ? ».

Tommy Burns s’en est allé

Tommy

Tommy Burns, l’entraîneur adjoint de Gordon Strachan au Celtic, est décédé ce jeudi à l’âge de 51 ans, victime d’un cancer de la peau dont il souffrait depuis environ deux ans. Cet ancien milieu avait, dans sa jeunesse, porté le maillot vert et blanc à 352 reprises en championnat, inscrivant 52 buts et décrochant 8 sélections avec l’équipe d’Écosse.

Après avoir raccroché les crampons, il se mua en entraîneur en 1992, prenant les rênes de Kilmarnock. En 1994, il retrouva son club bien-aimé du Celtic, qu’il entraîna pendant trois ans, remportant une coupe d’Écosse en 1995, avant d’être limogé en 1997. Après un court passage à Reading, il devint entraîneur adjoint de Berti Vogts puis de Walter Smith au sein de la sélection écossaise avant de revenir à Glasgow en 2006.

« C’est avec une grande tristesse que le Celtic confirme ce matin la disparition de Tommy Burns. Tommy, une légende du Celtic, sera regretté par tous. Nos pensées vont à sa femme Rosemary et à sa famille dans ce moment extrêmement douloureux », a exprimé le club dans un communiqué.

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Burns avait contracté un cancer de la peau en 2006. En dépit des traitements reçus, il avait eu une récidive en mars. Il avait été soigné à Glasgow et en France, au cours des dernières semaines.

Tommy Burns avait joué pendant 15 ans au Celtic, de 1975 à 1989, disputant 352 matches et marquant 52 buts. Il avait ensuite été manager du club pendant trois saisons, de 1994 à 1997, remportant la Coupe d’Ecosse en 1995. Burns avait joué huit fois pour l’Ecosse entre 1981 et 1988.

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Triomphe et tragédie à Cardiff

Il y a vingt-trois ans aujourd’hui, l’Écosse remportait un succès historique qui aurait dû faire le bonheur de tous ses supporters. Au lieu de cela, les événements survenus à Ninian Park (Cardiff) ont donné le coup d’envoi d’une véritable période de deuil national.

Pendant plus de deux décennies, Jock Stein avait incarné à lui seul cette Ecosse conquérante, capable de triompher de tous les adversaires placés sur sa route. Dans les années 60, les clubs écossais et la sélection nationale enchaînent les succès. En remportant la Coupe d’Europe 1967 à la tête d’une équipe entièrement composée de joueurs nés dans un rayon de 50 kilomètres autour de Celtic Park, cet ancien mineur a prouvé à ses compatriotes et au monde que rien n’était impossible en football.

Ce sport qui lui avait tant offert allait pourtant tout lui reprendre un soir de septembre à Cardiff. Plus qu’aucune autre, cette soirée tragique a apporté un démenti cinglant à la célèbre sentence de Bill Shankly, l’un des plus proches amis de Stein, sur la vie, la mort et le football.

10 septembre 1985, Ninian Park, Cardiff

Pays de Galles 1:1 Écosse

Hughes (13’) pour le Pays de Galles ; Cooper (81’ sp) pour l’Écosse

Pays de Galles : Southall, Jones, Van den Hauwe, Ratcliffe, Jackett, James (Lovell, 80’), Phillips, Nicholas, Thomas (Blackmore, 83’), Rush, Hughes

Écosse : Leighton (Rough, 46’), Gough, Malpas, Aitken, McLeish, Miller, Nicol, Strachan (Cooper, 61’), Sharp, Bett, Speedie

A l’époque

En 1985, l’Ecosse fait partie des habitués de la phase finale de la Coupe du Monde de la FIFA. La Tartan Army reste alors sur trois qualifications consécutives, en 1974, 1978 et 1982. Lors de leur dernière participation à l’épreuve reine, les hommes de Jock Stein avaient d’ailleurs démontré un potentiel intéressant en frôlant la qualification pour le deuxième tour. Ils avaient finalement été devancés par l’URSS à la différence de buts.

Pourtant, en arrivant à Cardiff, les Ecossais sont déjà tout près de l’élimination. Vainqueur au match aller à Hampden Park sur un but de l’inévitable Ian Rush, le Pays de Galles n’est plus qu’à deux points de la deuxième place. En terminant derrière l’Espagne, les coéquipiers de l’attaquant de Liverpool seraient alors assurés de disputer un match de barrage face au représentant de la Confédération Océanienne de Football (OFC). Privé de plusieurs de ses titulaires habituels, dont Kenny Dalglish, Steve Archibald, Alan Hansen et le capitaine Graeme Souness, Stein sait que son équipe a besoin d’un miracle pour s’imposer.

Le match

L’assistant de Stein, Sir Alex Ferguson, se souvient avoir remarqué la tension qui se lisait sur le visage de son mentor, à mesure que l’heure du coup d’envoi approchait. Les choses ne vont pas s’arranger pour le sélectionneur écossais puisque, dès la treizième minute, l’un des futurs protégés de Ferguson à Manchester United, un certain Mark Hughes, ouvre le score en faveur des Gallois.

Pire encore, le gardien écossais Jim Leighton, peu à son avantage en première période, annonce à Stein à la pause qu’il a perdu l’un de ses verres de contact sur l’action qui a amené l’ouverture du score. Evidemment, il n’a pas de lentilles de rechange… Stein est donc contraint de faire entrer Alan Rough à la pause, ce qui limite ses options sur le plan tactique. Néanmoins, son discours énergique semble avoir remonté le moral des troupes. Les Ecossais reviennent sur le terrain avec d’autres intentions et obligent leurs adversaires à se replier en défense. A l’heure de jeu, l’ancien entraîneur du Celtic prend une décision courageuse en remplaçant Gordon Strachan par Davie Cooper. L’ailier des Rangers, talentueux mais inconstant, est donc chargé de trouver la clé qui ouvrira le coffre-fort gallois.

Cooper justifiera la confiance placée en lui en transformant un penalty en faveur de l’Ecosse. Malgré la tension presque palpable, il place une frappe à ras de terre sur sa gauche et permet à son équipe de revenir au score à neuf minutes du terme de la partie. Toujours aussi nerveux, Stein passe les dernières minutes de la partie à houspiller les photographes qui se sont déjà massés autour du banc écossais en prévision des inévitables célébrations qui accompagneront le coup de sifflet final. Croyant que l’arbitre avait enfin renvoyé les deux équipes au vestiaire, le sélectionneur écossais bondit sur ses pieds pour aller saluer son homologue gallois… et se trouve instantanément frappé par une crise cardiaque foudroyante. Quelques minutes plus tard, le décès de l’une des plus importantes figures de l’histoire du football écossais fut prononcé dans la salle de soins de Ninian Park.

Le héros

Si l’Ecosse doit sa qualification pour Mexique 1986 au sang-froid de Cooper, le mérite de ce résultat revient évidemment à Jock Stein. Le jour de son dernier match, le technicien écossais avait décidé de ne pas prendre les diurétiques qui lui avaient été prescrits pour ses problèmes cardiaques, de peur de ne pas pouvoir donner le meilleur de lui-même sur le banc de touche. Le sélectionneur a finalement payé sa dévotion à son sport au prix fort.

Entendu…

« Je préfère essayer d’oublier cette journée. Sur le coup, je me souviens m’être dit qu’il n’avait pas l’air très en forme. Il n’était pas aussi mordant que d’habitude, quand nous avons pris notre repas ensemble. Pourtant, il était toujours aussi inspiré dans les moments décisifs. Il a commencé sa carrière en prenant de grandes décisions et il l’a terminé de la même manière… en me faisant sortir ! Nous étions menés 1:0 et celui qui me remplace marque le but de l’égalisation. On dit souvent que les gens vouaient un culte à Jock, mais c’est beaucoup plus que ça. Ils l’aimaient. » Gordon Strachan, entraîneur du Celtic et ancien milieu de terrain de l’Ecosse

« Je n’ai pas versé une larme avant d’être sur la route qui menait de Glasgow à Aberdeen. A ce moment-là, je me suis garé sur le bas-côté et j’ai craqué. Pour les gens comme moi, Jock était un précurseur. C’est lui qui nous a montré jusqu’où nous pouvions aller. Pourtant, il n’acceptait jamais les compliments. Il parlait toujours de ses joueurs et de leur talent. C’était lui tout craché, ça. Pour tous ceux qui voulaient en savoir plus sur le football, Jock Stein était une sorte d’encyclopédie vivante. » Sir Alex Ferguson, entraîneur de Manchester United et ancien adjoint de Jock Stein

Et après ?

Quelque 12 000 Ecossais avaient fait le déplacement à Cardiff. Tandis qu’Alex Ferguson apprenait la triste nouvelle aux joueurs dans le vestiaire, les supporters abasourdis se sont rassemblés dans le silence autour du stade. Interviewé par la télévision, un homme a su résumer le sentiment de toute une nation : « Nous préfèrerions être éliminés et qu’on nous rende Jock ». Finalement, l’Ecosse a bel et bien gagné son billet pour le Mexique, Ferguson menant les siens à la victoire (2:0) en barrage contre l’Australie. Par la suite, comme à son habitude, l’équipe au chardon a quitté la compétition dès la fin du premier tour… Quelques mois auparavant, des milliers de supporters anonymes s’étaient massés dans les rues de Glasgow pour rendre un dernier hommage à l’une des icônes du football écossais, une véritable légende dont les exploits n’ont pas fini d’alimenter les conversations.

Cardiff 85, la mort de Jock Stein

10 septembre 1985, Ninian Park de Cardiff. L’Ecosse obtient un match nul 1-1 contre le Pays de Galles, en éliminatoires de la Coupe du Monde 1986. Les coéquipiers de Gordon Strachan obtiennent leur billet pour le Mexique, mais le voyage se fera sans leur entraîneur, Jock Stein, décédé brutalement d’un infarctus du myocarde à la fin du match …

Jock Stein était une légende du football britannique. Il avait conduit le Celtic Glasgow, en 1967, au triplé Championnat d’Ecosse – Coupe d’Ecosse – Coupe d’Europe des Clubs Champions …

Le club catholique était devenu la première équipe britannique à gagner la prestigieuse compétition européenne, et la première équipe à briser l’hégémonie latine en vigueur depuis la victoire inaugurale du Real Madrid en 1956.

Avec Jock Stein, le Celtic Glasgow aligne neuf titres consécutifs de champion d’Ecosse, de 1966 à 1974. Ce record exceptionnel sera cependant égalé par le voisin protestant des Rangers en 1997, les Rangers alignant neuf sacres nationaux de 1989 à 1997.

En 1978, Jock Stein est nommé sélectionneur de l’équipe d’Ecosse. Stein qualifie l’Ecosse pour la Coupe du Monde 1982 en Espagne … Mais l’Ecosse, fidèle à sa malédiction, ne passe pas le premier tour du Mundial ibérique, dans un groupe qui comprend le Brésil, l’Union Soviétique et la Nouvelle-Zélande.

Troisièmes du groupe E derrière les virtuoses brésiliens et une solide équipe soviétiques, les Ecossais rentrent prématurément au pays.

L’objectif sera de faire mieux pour la Coupe du Monde 1986 prévue en Colombie. Finalement, le Mexique hérite de l’organisation du tournoi.

Le groupe de qualification des Ecossais leur offrira l’occasion d’affronter l’Espagne, vice-championne d’Europe en 1984, le Pays de Galles et l’Islande.

Tout se joue le 10 septembre 1985, au Ninian Park de Cardiff … L’Ecosse devant le Pays de Galles au classement. Les deux équipes ne sont départagées qu’à la différence de buts … Avec trois victoires et deux défaites, Gallois et Ecossais sont chacun nantis de six points avant cette ultime rencontre du groupe 7. Mais les Ecossais, avec un goal-average de 7-3, sont en ballottage favorable devant les Gallois, dont le goal-average est de 6-5.

Au match aller, à l’Hampden Park de Glasgow, Ian Rush avait signé le seul but d’une victoire galloise … L’attaquant fétichede Liverpool avait permis aux siens de créer l’exploit, à l’extérieur, en ce 27 mars 1985.

Cependant, le Pays de Galles pourra compter sur le public de Cardiff, ce douzième homme qui peut hisser la nation galloise en Coupe du Monde, pour la première fois depuis 1958, en Suède.

Avec Mark Hughes (Manchester United), Ian Rush (Liverpool)et le gardien Neville Southall (Everton), le Pays de Galles dispose de trois excellentsjoueurs …

Tout le problème, pour Jock Stein et son adjoint Alex Ferguson, va être de tenir face à ce redoutable adversaire, alors que l’Ecosse se retrouve privée de plusieurs de ses meilleurs joueurs.

Sans son capitaine Graeme Souness (Sampdoria Gênes), sans Kenny Dalglish (Liverpool), sans Steve Archibald (Barcelone), sans Alan Hansen (Liverpool), l’Ecosse devra trouver les ressources pour défier le Pays de Galles à Cardiff.

Dans les rangs écossais, on trouve tout de même Gordon Strachan (Manchester United) et Steve Nicol (Liverpool). L’Ecosse se retrouve vite au pied du mur, quand Mark Hughes, à la 13e minute de jeu ouvre le score. Ninian Park exulte, Cardiff rugit de bonheur …

1-0 pour le Pays de Galles … Un insoutenable compte à rebours, à double écho, vient de commencer. Pour l’Ecosse, c’est une épée de Damoclès qui est suspendue au-dessus des onze joueurs qui défendent l’honneur national. Pour le Pays de Galles, c’est une terrible attente, les secondes qui s’égrènent avec lenteur, quand le temps semble une autre dimension…

A l’heure de jeu, Stein tente un coup de poker. Il remplace Gordon Strachan par Davie Cooper. L’ailier des Rangers, talentueux mais imprévisible, est capable de tout …

A la 81e minute, l’Ecosse obtient un penalty, transformé par Davie Cooper. Il reste neuf minutes dans une ambiance de feu. Cardiff retient son souffle, et Jock Stein montre son courroux face aux photographes trop pressés d’immortaliser l’exploit écossais …

Alors que les dernières minutes arrivent, Jock Stein s’effondre sur la pelouse galloise … Il ne se relevera jamais, victime d’une attaque cardiaque. Le match se finit sur ce score de 1-1.

Croyant par erreur que l’arbitre allait la siffler la fin de cette rencontre, Jock Stein se préparait à serrer la main de son homologue gallois quand il fut frappé par un infarctus au myocarde. Quelques minutes plus tard, le héros était déclaré mort dans une salle médicale du stade de Ninian Park.

Cette qualification écossaiseest donc une victoire à la Pyrrhus. La mort tragique de Jock Stein a endeuillé la performance écossaise … Pour Gordon Strachan et les siens, la Coupe du Monde au Mexique passe alors au second plan, le rêve vire au cauchemar.

Alors que les échos se font légion, Alex Ferguson confirme la mort de Jock Stein à la sortie d’un vestiaire écossais inconsolable …

Un supporter écossais résume le sentiment général : Nous aurions préféré ne pas aller à la Coupe du Monde et garder Jock avec nous …

Le jour du match, Jock Stein aurait volontairement choisi de ne pas prendre les médicaments qui lui étaient prescrits pour ses problèmes cardiaques … Stein avait voulu conserver toute sa lucidité pour ce match crucial, faisant alors une croix sur ces diurétiques. Après le tragiquematch nul de Cardiff, l’Ecosse rencontre l’Australie en barrages. Vainqueurs 2-0 à Glasgow, les Ecossais tiennent le coup avec un 0-0 à Melbourne.

C’est doncavec l’entraîneur d’Aberdeen et adjoint de feu Jock Stein, un certain Alex Ferguson, que les Ecossais se rendent au Mexique en juin 1986 … La mémoire de Jock Stein ne suffit pas à faire passer le premier tour à l’équipe écossaise, devancée par le Danemark, la RFA et l’Uruguay.

Les entraîneurs du Celtic

La liste de tous les entraîneurs ayant coaché le Celtic, de 1897 à nous jours.

– Willie Maley 1897-1940
– Jimmy McStay 1940-1945
– Jimmy McGrory 1945-1965
– Jock Stein 1965-1978
– Billy McNeill 1978-1983
– David Hay 1983-1987
– Billy McNeill 1987-1991
– Liam Brady 1991-1993
– Lou Macari 1993-1994
– Tommy Burns 1994-1997
– Wim Jansen 1997-1998
– Jozef Vengloš 1998-1999
– John Barnes 1999-2000
– Kenny Dalglish 2000
– Martin O’Neill 2000-2005
– Gordon Strachan 2005-2009
– Tony Mowbray 2009-mars 2010
– Neil Lennon depuis mars 2010